Une chiquenaude pour dissiper l’amertume. Un pas chassé pour donner de l’allure à nos existences gribouilles comme une ordonnance fédérale par temps de covid. A la tête de l’Association Danse Neuchâtel (ADN), Philippe Olza et Nicole Seiler poussent, dès ce jeudi, à se déconfiner mentalement. Leur programmation leste est une pince-monseigneur. Un festival qui déverrouille des portes et annonce des jours meilleurs.

Le plaisir d’un geste flambeur à portée de tous. C’est le mantra du duo. L’ex-danseur Philippe Olza et la chorégraphe Nicole Seiler ont cette obsession: agrandir la ronde à l’échelle d’un canton. Symbole: ce jeudi soir, au Théâtre du Passage à Neuchâtel, le danseur genevois Foofwa d’Imobilité, qui a enchaîné ces dix dernières années les raids en baskets à travers la planète, revivra, via un film et une danseuse sur le plateau, son épopée athlétique. Le titre est programmatique: Dancewalk Rétroperspectives. Les amateurs pourront suivre cette fugue en direct et en streaming dès 18h45sur inscription.

Géographie culottée, donc. Pour la première fois, se réjouit Philippe Olza, Le Locle est intégré. «La Chaux-de-Fonds nous a rejoints en 2018, le Val-de-Ruz en 2019, le Val-de-Travers l’an passé. L’avantage de cette toile est de faire tourner des événements, en particulier cette année Le Piano danse! conçu par Pierre-Yves Diacon, Véronique Gobet et Laura Belgrano, sous la bannière des Mondes transversaux. Cette pièce musicale conçue pour les jeunes sera présentée à Neuchâtel, Cernier, Le Locle, Couvet.»

Grande vadrouille, dites-vous? Oui, pour que les semelles de vent aillent à la rencontre des habitants. Pour qu’elles suscitent aussi des vocations précoces. En mars, au Temple allemand de La Chaux-de-Fonds, Lea Moro présentera Tous les yeux s’émerveillent, à l’intention des enfants dès 8 ans – à condition que les règles sanitaires l’autorisent à ce moment-là.

Le baiser du Minotaure

Le Fantasia de la danseuse Ruth Childs, nièce de Lucinda Childs, est soumis au même régime d’incertitude. Mais si le printemps sourit aux optimistes, on pourra l’applaudir au Temple allemand, les 20 et 21 avril. Et plonger dans l’histoire de sa tante américaine, figure solaire de la scène contemporaine à travers des films projetés le 17 avril au Ciné Casino du Locle et le 18 au Cinéma ABC de La Chaux-de-Fonds. Le réalisateur, Patrick Bensard, ex-directeur de la Cinémathèque de la danse à Paris, sera de la partie.

Pour le reste, Philippe Olza swingue sur les braises. Des pièces agendées en février ont dû être reportées, notamment The Rest is Silence, de sa comparse Nicole Seiler. «Nous sommes obligés de naviguer à vue, c’est la raison pour laquelle cette programmation ne va pas au-delà d’avril. Nous annoncerons la suite dans quatre mois.»

Le droit de s'emballer

On a le droit de s’emballer pourtant. En juin, les danseurs Filbert Tologo et Ivan Larson Ndenge, tous deux d’origine africaine, poursuivront un rêve de Minotaure, escortés dans ces dédales par la comédienne et metteuse en scène Safi Martin Yé. Cette Ballade du Minotaure marquera à sa façon ailée le 100e anniversaire de Friedrich Dürrenmatt, dans le centre qui lui est dédié à Neuchâtel.

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«Nous développons des collaborations de ce type dans tout le canton, par exemple avec le Musée d’ethnographie, le Laténium ou Art Môtiers. Notre objectif est de conquérir des gens qui ne connaissent pas la danse.» C’est ce qui s’appelle embrasser large. En ces temps d’effusions anémiques, on ne dit pas non à ce genre de baiser.


Renseignements sur le site www.danse-neuchatel.ch.