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Anna Pieri et Christian Scheidt dans les affres du théâtre itinérant.
© Guillaume Perret

Scènes

Neuchâtel fête le théâtre et ses vaillants combattants

Jusqu’à dimanche, cinq salles neuchâteloises proposent des spectacles au chapeau. Parmi eux, à La Chaux-de-Fonds, «Nous, les héros», vibrante saga de Jean-Luc Lagarce, mise en scène par Robert Sandoz

Payer au chapeau. C’est cette manière de rétribuer un spectacle après l’avoir vu en déboursant la somme de son choix. Depuis mercredi et jusqu’à dimanche, trois salles de Neuchâtel et deux salles de La Chaux-de-Fonds proposent cette initiative incitative à l’enseigne de la 2e Fête du théâtre. Le menu? Une comédie bouffonne, du clown, un spectacle de mentaliste et du théâtre musical. Et encore une saga familiale, Nous, les héros, créée mercredi dernier à L’Heure bleue-TPR, par Robert Sandoz. Une ode à la parole vaillante pour lutter contre la perplexité ambiante.

Robert Sandoz a le sens du théâtre total. Jeu, décor, musique, lumières, le metteur en scène né à La Chaux-de-Fonds aime que le spectacle soit une fête, y compris quand le thème est ronchon. C’est le cas, là, avec Nous, les héros, fresque de Jean-Luc Lagarce inspirée par le Journal de Franz Kafka. Ou comment une troupe itinérante à bout de souffle tente de survivre, malgré l’accueil maussade du public et les dissensions internes. Au loin, la guerre menace, ce qui n’aide pas… Mariage arrangé, vision opposée de l’art dramatique – les uns pratiquent la comédie ridicule, les autres, la tragédie majuscule – et précarité de la profession sont autant de sujets de friction.

Lagarce et ses morceaux de bravoure

Le texte est riche. Au point d’être bavard. Pourtant Robert Sandoz a déjà beaucoup coupé, informe-t-il au terme du spectacle. Jean-Luc Lagarce était ainsi, répétant, reprécisant sans cesse les termes de la discussion. Et donnant des morceaux de bravoure aux acteurs qu’il aimait tant. Comme ce monologue de Madame Tschissik, personnage tout en délicatesse incarné ici brillamment par Anna Pieri. L’actrice parle d’amour, de courage et de maladresse, et nous bouleverse. Ou cette diatribe sur le déclin des comédiens par son mari, Monsieur Tschissik. Vieilli tel un diable décati, Christian Scheidt fait vibrer les ors de L’Heure bleue.

A leurs côtés, Anne-Catherine Savoy compose une mère Courage tenace, Thierry Romanens, une troublante habilleuse, David Casada, un acteur indolent, Fanny Duret, une fiancée désespérée. Ce collectif de fortune compte encore un patriarche (Raymond Pouchon), un intellectuel marxiste (Adrien Gygax), un homme-singe (Olivier Gabus) et une enfant flottante (en alternance Juliette Rose Fallet et Marie Faivre). Soit un collectif baroque. Peut-être un peu trop: mercredi, via un jeu à l’énergie, la voix était parfois tant projetée qu’elle lassait. La musique, d’inspiration tzigane manouche, en faisait beaucoup, elle aussi, là où elle aurait pu caresser.

Beauté visuelle

Mais pas de quoi nuire à l’entreprise qui raconte la nécessité de rester soudés et de résister. D’autant qu’à la scénographie, Nicole Grédy fait des miracles avec ses loges-armoires montées sur roulettes et qu’aux lumières, Harold Weber parvient à ménager des climats dignes de La servante, d’Olivier Py, premier spectacle de Robert Sandoz. Le théâtre? Toute une affaire qui vaut bien une fête.


Fête du théâtre, jusqu’au dimanche 22 avril, dans cinq théâtres du canton de Neuchâtel.

Nous, les héros. Jusqu’au 21 avril. L’Heure bleue-TPR. La Chaux-de-Fonds.

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