Lundi, la Ville de Genève présentera les résultats du concours d'architecture pour l'agrandissement de son Musée d'ethnographie (MEG). Six ans et demi après l'échec en votation d'une construction dans un autre quartier, c'est sur place qu'on cherche les solutions, le projet étant mené par Jacques Hainard, directeur du MEG et transfuge du Musée d'ethnographie de Neuchâtel. Le MEN qui, lui, au printemps 2006, a été privé de son programme d'extension. Le successeur de Jacques Hainard à sa direction, Marc-Olivier Gonseth, repense donc l'existant. Deux musées d'ethnographie, deux destins proches.

Echecs en série

En décembre 2001, une votation en Ville de Genève condamne le futur musée de la place Sturm. Le MEG - l'abréviation n'était pas encore de mise à l'époque reste donc avec ses problèmes. Dans cette ancienne école primaire, les collections sont mal conservées, les espaces d'exposition inadéquats.

En mai 2003, un nouveau directeur arrive, Ninian Hubert Van Blyenburgh, qui organise un vaste déménagement des collections à la Praille et participe à la mise sur pied d'un nouveau projet. Différents sites sont envisagés, mais c'est l'actuel qui est choisi. Pourtant, c'est encore un faux départ. Les défenseurs du patrimoine s'opposent à la destruction de la vieille école qui abrite le MEG. Et celui-ci est secoué par une crise interne qui conduit au départ de Ninian Hubert. La polémique gagne, l'image du musée est au plus bas et les candidatures de remplacement sont insuffisantes. Jacques Hainard est alors appelé pour remonter le courant. Et celui-ci de passer de la direction du MEN au MEG, en janvier 2006.

Lors de ces dernières années à Neuchâtel, Jacques Hainard a été le défenseur virulent d'une extension, projet commun au musée et à l'Institut d'ethnologie. Un concours architectural a même retenu trois lauréats, en mars 2004. Qui ont été renvoyés à leur copie pour respecter un cadre financier de 12 millions de francs, sans compter les travaux de réfection des constructions existantes. Pourtant, deux ans plus tard, quand Marc-Olivier Gonseth prend la succession de Jacques Hainard, le projet est enterré, ruiné par des finances au rouge et des hésitations universitaires.

Les nouveaux projets

On est donc au printemps 2006 avec, à Neuchâtel comme à Genève, la nécessité de trouver des solutions. Au MEN, les collections mal protégées sont déménagées. Mais Marc-Olivier Gonseth ne veut pas seulement sauver les meubles. Le nouveau bâtiment aurait permis de repenser la muséographie et il n'abandonne pas cette réflexion, entre l'ancienne Villa de Pury et la halle des années 1950. Les chantiers sont physiques et intellectuels.

Genève aussi revoit sa copie. Un concours d'architecture est lancé en décembre 2007. Le programme a obtenu le soutien massif des législatifs cantonaux et municipaux: il a été réduit de 73 millions en 2001 à 60 millions de francs. L'ancienne école accueillera les activités administratives et techniques, un bâtiment sera construit pour les activités publiques, essentiellement les expositions. Jacques Hainard inscrit l'esprit de ces lieux en devenir dans un trio d'adjectifs: «simple, efficace et esthétique». Le futur musée permettra de partager 2500 m2 entre des expositions de synthèse, sur de grandes questions anthropologiques, et de référence, plus liées à une question culturelle sur un ou plusieurs continents. Ou encore de réagir rapidement à l'actualité.

Des expositions exemplaires

Trois genres qui correspondent aux rythmes que met en place Marc-Olivier Gonseth. C'est ainsi que l'exposition actuelle Retour d'Angola mise en place dans l'ancien bâtiment est semi-temporaire. Prévue jusqu'en décembre 2010, elle raconte une mission menée par Théodore Delachaux, homme incroyable qui fut à la fois artiste, collectionneur, scientifique, et dirigea le musée de 1921 à 1945. Ses questionnements sur le terrain (que ramener? comment l'obtenir?), et au retour (soucis de conservation, d'exposition), servent la réflexion aujourd'hui. Cette plongée dans le passé est passionnante pour le visiteur, mais c'est aussi un exercice pratique, d'ethnographie et de muséographie.

Genève aussi rend hommage à un ancien directeur. Ou plutôt une directrice. Exceptionnelle elle aussi. Chapelière avant d'entrer au MEG comme secrétaire d'Eugène Pittard, Marguerite Lonsiger-Dellenbach deviendra spécialiste mondiale des bambous kanak, et dirigera l'institution. Anecdotiques les bambous? Il suffit d'un tour au musée pour mieux comprendre la passion de cette femme. Leurs gravures sont souvent d'une finesse magnifique, mais surtout elles racontent la vie kanak et la façon dont cette civilisation a appréhendé la colonisation. Au-delà de leur beauté, ils témoignent, ils interrogent. Ainsi, l'exposition se lit aussi comme une piste pour l'ethnographie actuelle.

Retour d'Angola. MEN, jusqu'au 31 déc. 2010. http://www.men.ch. Bambous kanak. MEG, jusqu'au 4 janv. http://www.ville-geneve.ch/meg