A Neuchâtel, Jean Lecoultre expose ses visions d’avenir

Beaux-arts Le peintre lausannois présente 15 toiles récentes dont les tonalités obscures et la matérialité saisissent

Après, qu’y a-t-il? Telle est la question que pose le peintre Jean Lecoultre dans ses derniers travaux, exposés aujourd’hui à la galerie Ditesheim & Maffei à Neuchâtel. A plus de 80 ans (il est né en 1930), l’artiste lausannois tend un peu plus encore le fil qui traverse toute son œuvre, lui donne son exigence et sa cohérence. Cette peinture figurative, à laquelle la couleur acrylique apporte la qualité particulière de ses teintes, souvent mouchetées, en passe de se métamorphoser, à la manière du fondu-enchaîné cinématographique, semble arrivée ici à un seuil.

Le noir dominant

Tel le personnage de cette toile, dont on ne distingue que le bas du pantalon et les souliers, et surtout le reflet: au bord du gouffre, il semble se mirer dans le néant, ou du moins l’inconnu, le scruter, pour y distinguer son avenir, et l’avenir possible de l’humanité.

Les tonalités vertes, les noirs et les blancs, les roses (comme sur cette composition où un phare rond côtoie une grille, sur laquelle la lumière éclate violemment) dialoguent avec des motifs collés, photographies en noir et blanc, teintées de vétusté. Jean Lecoultre, durant les années cruciales de sa jeunesse, a vécu en Espagne, près de Goya (et de son chien) et d’Antonio Saura. Il en reste cette insistance du noir goudronneux, des tonalités sombres en général, ce goût pour le rendu des matières, parfois chiffonnées, et cette figuration énigmatique, aux connotations existentielles. Et toujours, comme le relève Philippe Mottaz dans les «notes de réalisation» prises durant la préparation d’un portrait filmé du peintre, cette «urgence à passer à l’acte». Quinze grandes peintures résultent de ce magnifique passage à l’acte.

Des compositions qui misent sur l’économie des motifs, des teintes; une roue, une matière, une silhouette, ou une surface, une lumière, un collage, etc. Et qui atteignent ainsi une force plus directe, massive. On est impressionné par la maîtrise que manifeste Jean Lecoultre. Ici, c’est-à-dire Après, titre de cette série inédite, comme auparavant, tout au long de sa carrière.

Jean Lecoultre: «Après», peintures récentes. Galerie Ditesheim & Maffei Fine Art SA (rue du Château 8, Neuchâtel, tél. 032 724 57 00). Ma-ve 14-18h, sa 10-12h et 14-17h, di 15-18h. Jusqu’au 30 novembre.