A Neuchâtel, jusqu'à dimanche, le Festival du film fantastique (NIFFF) bat son plein. Unique en Suisse, cette manifestation se déroule au moment où le canton s'apprête à revoir son encouragement à la culture. Une réforme de la loi est en cours et une question d'envergure surgit: par quel biais promouvoir l'image de Neuchâtel comme vivier de création? En toile de fond, l'héritage d'Expo.02. Les visiteurs qui ont afflué dans la région l'ont appréciée pour ses sites, au canton de les faire revenir en leur proposant des contenus. Et il y a du travail: l'événement «culturel» que les Alémaniques associent de prime abord à Neuchâtel est sa Fête des vendanges. En 2000, une étude recommandait de «prendre en compte la position périphérique de Neuchâtel face aux scènes d'importance nationale».

La promotion économique du canton a ainsi lancé l'idée de mettre sur orbite un «événement culturel majeur», dont l'aura devrait se mesurer à celle d'un Paléo ou d'un Festival de Montreux. Les Jardins musicaux de Cernier font figure de favori (Le Temps du 13 juin), mais «une mise au concours est envisagée», indique le conseiller d'Etat chargé des Affaires culturelles, Thierry Béguin. Celui-ci affirme avoir reçu la proposition de créer un festival de musique de toutes pièces, «projet intéressant quoiqu'au budget irréaliste». Parmi les possibles candidats, d'aucuns citent la Semaine internationale des marionnettes du Théâtre de la Poudrière, voire le NIFFF comme outsider. Le conseiller d'Etat nuance d'emblée: «Ce festival original a le mérite d'exister. Qu'il offre une illustration significative du canton se discute.»

Mieux coordonner

De fait, le volontarisme des autorités tranche avec la réalité des grands rassemblements artistiques. Qui, à Montreux en 1966 ou à Nyon en 1976, aurait pu prédire que ces deux raouts – au demeurant situés dans le même canton sans que l'un soit «majeur» – acquièrent une telle dimension? Pour le directeur du NIFFF, Olivier Müller, l'initiative la plus urgente consisterait plutôt à «mieux coordonner les instances qui promeuvent le canton, entre culture, économie et tourisme». La Banque Cantonale de Neuchâtel, sponsor incontournable, ne commente pas, mais on y fait remarquer que «nous soutenons ce qui nous paraît juste et profitable pour le canton, sans faire de préférences». Directeur du Théâtre de la Poudrière, Yves Baudin, qui organise les Semaines de la marionnette depuis dix ans, ne cache pas ses doutes: «Il faut se demander qui sélectionnera les projets, et si les acteurs culturels qui seront écartés ne se sentiront pas découragés.» Et de redouter «la mort de certaines manifestations, par manque de développement. La culture en terres neuchâteloises risque de le payer très cher».

Thierry Béguin admet que ce choix d'une priorité provoquera des tensions, mais il rappelle d'autres efforts entrepris, comme les contrats de confiance pour les théâtres, tout en insistant sur le «rayonnement» recherché. Surtout du côté alémanique, car les Neuchâtelois estiment de plus en plus que leur vrai marché potentiel se situe par-delà la frontière linguistique. Malins, les animateurs du NIFF, qui attire passablement de germanophones, jouent déjà cette carte: le 11 juillet, le festival se délocalisera pour une nuit dans un cinéma branché de Zurich.