C’est une soirée scolaire dédiée aux Golden Fifties. De rockabilly graisseux en doo-wop sucré, les élèves revisitent tant bien que mal l’histoire de la musique. Autumn (l’excellente Sidney Flanigan) se présente seule sur scène dans quelque avatar timidement glam de Joan Baez. Son jeu de guitare est approximatif, sa voix pas terrible, mais elle croit à ce qu’elle fait, elle met son âme dans cette chanson qui l’élève au-dessus de la trivialité du quotidien. Dans la salle, un garçon profite de la pénombre pour crier: «Salope!» La chanteuse s’arrête, fauchée par l’insulte, puis reprend courageusement sa chanson. Plus tard, elle jette un verre à la figure d’un godelureau, peut-être le saligaud qui l’a offensée.

Rarement personnage aura été aussi bien présenté que l’héroïne de Never Rarely Sometimes Always, adolescente taciturne poursuivant de vagues rêves dans la grisaille d’un faubourg de Pennsylvanie, entre une mère lasse et un père détestable. Pour l’instant, Autumn a un gros souci: elle est enceinte. Au planning familial local, on lui vante les joies de la maternité, on lui montre une vidéo édifiante sur les horreurs de l’avortement. Ayant vainement essayé de faire passer le fœtus avec les moyens du bord, il ne lui reste qu’une solution: monter à New York. Avec sa cousine Skylar (la fine Talia Ryder) et quelques dollars en poche, elle prend le bus pour la mégapole.