Dire d’entrée que Neville Tranter est un artiste génial. Depuis vingt ans que l’on suit ses dédoublements de personnalité par marionnettes interposées, l’Australien installé aux Pays-Bas subjugue par sa technique de jeu et de manipulation hors norme. Souvent dans ses spectacles, la créature inanimée semble dominer le créateur. Impossible de se souvenir sans effroi de Room 5, où une infirmière sadique martyrisait les patients d’un hôpital psychiatrique. Et que dire de Manipulator, où un dresseur autiste devenait la proie des autres forains? Redoutable. Autant que ses spectacles autour de Frankenstein, Molière et Hitler… Chaque fois, une lutte entre conscient et inconscient, un combat drôle et oppressant.

Normal, dès lors, que Neville Tranter s’intéresse à Ben Laden, épouvantail du monde occidental. Et habile d’établir un parallèle entre les marionnettes repoussoir que sont les Punch et Judy anglais et le terroriste et son épouse. Malheureusement, le récit manque de mordant et on a le sentiment que Neville Tranter s’égare en Afghanistan.

Tout commence pourtant très bien. Transformé en animateur télé, Neville Tranter reçoit Emil, petite frappe hollandaise qui a mal tourné. Comme le veut l’émission, Emil, marionnette à casquette, obtient une deuxième chance: se rendre en Afghanistan et devenir l’assistant de Nigel, marionnettiste envoyé sur place pour distraire les troupes coalisées. En poste, le sale gosse continue à perturber l’ordre établi et c’est un de ses caprices qui vaut à Nigel de découvrir la grotte où se terre le couple honni. Cet événement, on l’apprend au cours d’un long flash-back qui montre Nigel à la recherche de son assistant. En chemin, il rencontre un marchand égyptien – un crocodile aux grandes dents –, Michel, un soldat français aux oreilles carrées et au courage raboté, ou encore son pire cauchemar, drôle de marionnette au visage pâle. Chaque fois, un joli moment de théâtre, mais bien moins palpitant que ses spectacles précédents. Ainsi, lorsqu’apparaissent M. et Mme Ben Laden largement caricaturés, l’excès troublant dont raffole Neville Tranter n’opère pas. L’Afghanistan ne lui a visiblement pas livré tous ses secrets.

Punch et Judy en Afghanistan, Théâtre des Marionnettes de Genève, 022 807 31 07, jusqu’au 3 juin, www.marionettes.ch