New Model Army a très souvent joué en Suisse. On se souvient même de les avoir vus en 1992 sur la Grande scène du Paléo Festival. Ils devaient se produire dans le plus intime Chapiteau, mais une tempête en avait décidé autrement. Au milieu des années 1980 déjà, les Anglais, alors valeur montante du rock indépendant «made in Britain», avaient secoué la Dolce Vita lausannoise, première étape de visites régulières dans la capitale vaudoise, qui les a vus ensuite déployer leur musique puissante et lyrique à la Grande salle de Vennes, au D! Club et enfin aux Docks. Où le gang à Justin Sullivan est de retour mardi prochain, fort d’un treizième album sorti il y a six mois («Winter») et qui prouve, après l’épique «Between Dog and Wolf» de 2013, qu’il est encore capable de beaux éclats.

New Model Army, c’est d’abord un groupe inclassable, indéfinissable. Lorsque Justin Sullivan, qui a fêté son 60e anniversaire l’an dernier, fonde le groupe dans le Bradford de 1980, l’heure est aux expérimentations, après que le punk a tiré un trait sur le rock seventies. Sullivan, lui, est autant féru de reggae que de soul, de poésie que de football. Il ne se réclame d’aucuns courants. Un des premiers titres du groupe, Vengeance, lui vaut alors d’être taxé de fasciste alors que le morceau est au contraire un hymne antifasciste. Le chanteur et guitariste est contre les élites, vomit le néolibéralisme et prend position contre la drogue qui ravage alors la Grande-Bretagne. «Only stupid bastards use heroin», peut-on lire sur son t-shirt lorsque New Model Army se produit en 1985 sur le plateau de l’émission Top of the Pops – et joue en direct, ce que seuls les Rolling Stones avaient exigé auparavant pour s’élever contre le play-back de rigueur.

Très vite, les médias sont embarrassés et ne savent que faire de ce groupe qui navigue entre post-punk, gothique, northern soul et folk-rock, se refusant à toute classification facile. Mais en même temps que la couverture médiatique de New Model Army décline, Justin Sullivan et ses musiciens – une quinzaine se sont succédés depuis 1980 – voient leur public croître. Lorsqu’en 1989 «Thunder & Consolation» est accueilli comme le chef-d’œuvre d’une formation arrivée à maturité, celle-ci peut compter sur un noyau de fans loyaux et unis qui assistent pour certains, durant chaque tournée, à des dizaines de concerts à travers le continent.

Public loyal et fidèle

«Winter» a été conçu, dixit Sullivan, comme «un album plus agressif, avec un mixage moins lisse». On y sent en effet la puissance contenue d’un groupe engagé comme au premier jour, et toujours capable de superbes élans lyriques derrières des mélodies tendues. Du rageur «Burn the Castle» à l’apaisé «Die Trying», du mélancolique et oppressant «Born Feral» au puissant «Eyes Get Uses of the Darkness», sans oublier la déjà classique chanson-titre, Winter n’est pas avare en morceaux taillés pour la scène. Car New Model Army demeure envers et contre tout un groupe live. Se rendre à un de leur concert, c’est assister à une formidable communion entre des musiciens habités, un chanteur flamboyant et un public d’une fidélité à toute épreuve. Un groupe culte? Assurément.


New Model Army, «Winter» (EarMusic/Phonag). En concert le 7 mars à Lausanne, Les Docks, à 20h30. Première partie avec Pilot On Mars. www.docks.ch