Il aura fallu attendre le dernier des 17 titres en lice pour le Léopard d’or avant d’être enfin transporté par un long métrage d’une rare puissance tant formelle que narrative. Premier film de fiction de l’artiste et documentariste chinois Qiu Jiongjiong (déjà venu à Locarno en 2015), A New Old Play a été produit entre Hongkong et la France, afin peut-être de contourner la censure. Il est vrai que le regard qu’il porte notamment sur la Révolution culturelle du président Mao n’est pas tendre.

Tout commence par l’arrivée d’un défunt dans le monde de l’au-delà, où il est accueilli par deux énergumènes vaguement déguisés en bœuf et en cheval – il s’agit là de figures du théâtre traditionnel chinois, mais de passeurs accompagnant les défunts. Le mort en question, Qiu, est un grand comédien qui joue depuis l’âge de 7 ans et a fondé dans l’entre-deux-guerres le New-New Theater, une troupe ayant modernisé le théâtre traditionnel. Le film est un hommage au destin de son grand-père, explique le réalisateur.

Hommage aux pionniers

L’idée géniale de Qiu Jiongjiong est d’avoir entièrement tourné le film en studio dans des décors de carton-pâte. Le récit se déployant en outre sur trois heures, on a le temps de peu à peu se laisser absorber par son déroulement lent, qui est au final comme une longue représentation théâtrale. Parsemé de trucages à l’ancienne, un drap qui ondule pour représenter la mer, une déchirure dans un rideau pour signifier le passage d’un avion, A New Old Play est, au-delà de son sujet, un formidable hommage à la magie du cinéma des premiers temps. Même si toutes les références à l’histoire de la Chine ne sont pas évidentes à appréhender, le film est porté malgré son dispositif minimaliste par un envoûtant souffle épique.

Egalement au sujet de cette édition du Locarno Film Festival: