On n'oubliera pas que Wynton Marsalis a connu ces débuts flamboyants: la recrue prodige des Jazz Messengers semblait prête à offrir à la trompette et peut-être au jazz le souffle d'une énième révolution. La suite détrompa ces espérances. Le rapport avec Nicholas Payton? Parler de ce jeune loup de 25 ans en termes de «marsalisme», comme on le fait couramment, est forcément judicieux sur le plan du marketing mais terriblement tendancieux sur le fond.

Comme Wynton, Payton connaît l'histoire du jazz sur le bout des pistons. A preuve les splendides introductions de son concert de lundi au Victoria Hall, qui imaginaient avec un culot fou un prolongement moderne du «West End Blues» d'Armstrong. Il est clair pourtant que cet art de la citation échappe chez lui à l'étalage pédagogique. L'assimilation du passé s'est opérée à un niveau beaucoup plus profond que chez Marsalis. D'où le naturel d'un jeu spontanément jaillissant, jamais en représentation. Comme s'il reprenait les choses là où Marsalis les a laissées à l'époque de son fabuleux quartette du «Live At Blues Alley» (Sony). Même rage illuminée, même jouissance à ruer dans les brancards et à donner du jazz l'image d'un art inépuisablement renouvelable.

Même flair pour dénicher ceux qui l'aideront à pousser le plus loin cet idéal de révolution dans la tradition. Le coup de baguettes sidérant de précision d'Alvin Queen, les lignes de basse mouvantes de Pierre Boussaguet, le piano toujours plus chantant de Dado Moroni créaient une sorte de pression atmosphérique stable qui permettait à la trompette de Payton d'évoluer en toute sécurité. C'est-à-dire, dans son cas, de multiplier les prises de risques.