Concert

Nick Cave à Genève, épique et intime

Le chanteur australien était lundi soir, avec ses fidèles Bad Seeds, à l’Arena. Deux heures trente durant, il a joué au prédicateur rock et alterné ballades tourmentées et déflagrations électriques

Lors d’un fort sympathique entretien téléphonique, Jim Sclavunos nous parlait des concerts de l’actuelle tournée de Nick Cave and the Bad Seeds comme d’une expérience à la fois «épique et intime». Le batteur et percussionniste des Bad Seeds ne mentait pas: le chanteur a offert lundi soir au public de l’Arena de Genève un show assez incroyable dans sa manière de jouer avec les émotions et d’alterner ballades tourmentées et déflagrations rock.

Après une entrée en matière mid-tempo («Anthrocene», «Jesus Alone», «Magneto»), Nick Cave hausse le ton sur «Higgs Boson Blues». «C’est votre chanson», annonce-t-il. De fait, le morceau évoque le CERN et la route «down to Geneva». Il dure pas loin de dix minutes, le temps pour l’Australien de Brighton de descendre dans le public, de jouer avec lui, de le faire chanter, de le haranguer. Cintré dans son complet noir chemise blanche, le chanteur a des airs de prédicateur fou – on pourrait croire qu’il a inspiré Daniel Day-Lewis pour son personnage de There Will Be Blood.

Le calme et la tempête

Plus tard, lors des rappels, il fendra à nouveau la foule sur un magnifique «The Weeping Song» pour se hisser sur la régie et jouer au chef d’orchestre. Et l’Arena de devenir silencieuse, suspendue à ses gestes, tapant des mains quand il le demande. Impressionnant. Puis après le calme, c’est la tempête. Il balance un «Stagger Lee» tranchant et invite une centaine de spectateurs sur scène, chorale déchaînée qu’il dirige comme un gourou, avant que la soirée ne s’achève sur le mélancolique «Push the Sky Away».

Le dernier album de Nick Cave, Skeleton Tree, est un bouleversant disque de deuil. Celui d’un de ses quatre fils, tragiquement décédé il y a deux ans. Tout en interprétant des morceaux directement liés à ce drame («Jesus Alone», «I Need You», «Distant Sky»), il serre des mains, regarde les premiers rangs dans les yeux, recherche cette intimité annoncée par Jim Sclavunos. Lorsqu’il démarre seul au piano «Into My Arms», on touche au sublime. Et quand il s’attaque à «From Her To Eternity», «Tupelo» ou «Red Right Hand», ce sont des décharges telluriques qui traversent l’Arena. Les fidèles Bad Seeds sont d’une précision extrême, mais c’est le violoniste Warren Ellis, avec qui Nick Cave a composé de fantastiques bandes originales pour le cinéma, qui attire irrémédiablement les regards. Ou l’art de transformer un petit instrument que l’on pense délicat en artefact punk. Epique? Assurément.

Deux heures trente de concert pour un peu moins de vingt titres. Oublions une voix par instants chevrotante, parce qu’il la force soir après soir, donne tout sans penser au lendemain, ou un son faisant parfois trop de place à la caisse claire. De bien menus détails face à la générosité monstre d’un artiste total, totalement habité par sa musique et capable de transformer la vaste et froide Arena en chaleureux théâtre à l’italienne.

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