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Nick Cave en concert à Zurich, 12 novembre 2017.
© ENNIO LEANZA

Musique

«Avec Nick Cave, nous voulons que le public ressente quelque chose d'épique et d'intimiste»

Alors que le chanteur australien Cave est ce lundi soir à l’Arena de Genève, interview de l’un de ses fidèles Bad Seeds: le batteur et percussionniste Jim Sclavunos, qui accompagne Nick Cave depuis vingt-trois ans

Les Bad Seeds sont indissociables de Nick Cave. Au sein du gang accompagnant le chanteur australien depuis le début des années 1980, Jim Sclavunos est à la fois batteur, percussionniste et claviériste. Issu des milieux alternatifs new-yorkais, aujourd’hui installé à Londres tandis que son «patron» vit à Brighton, l’Américain avoue avoir toujours considéré la musique comme un moyen d’expression plus que comme une carrière. «Mon but, dans tous les groupes avec lesquels j’ai pu jouer, a toujours été de me faire plaisir», explique-t-il.

Le Temps: Comment se passe la tournée actuelle. En visionnant quelques extraits disponibles sur YouTube, on a l’impression de concerts d’une grande intensité?

Jim Sclavunos: A chaque tournée, nous essayons de faire les choses un peu différemment, et celle-ci ne fait pas exception. On voulait s’adapter aux salles que nous visitons, qui sont souvent un peu plus grandes que par le passé. Nous voulons que le public ressente quelque chose d’intense et épique, mais en même temps d’intimiste. Ce sont les interactions de Nick avec le public qui permettent de maintenir cette intimité, tandis que les arrangements donnent quelque chose de monumental à l’ensemble, même aux chansons les plus délicates.

Qu’est-ce que signifie pour vous le fait d’être un Bad Seeds? Il semble que, comme dans le cas du E Street Band de Springsteen ou du Crazy Horse de Neil Young, le groupe soit plus une famille qu’un simple «backing band»…

Etre un Bad Seeds a eu différentes significations au fil du temps. Je suis avec le groupe depuis 1994, et quand je suis arrivé, j’avais l’impression de faire partie d’un gang de voyous. Aujourd’hui, on se connaît tellement bien, on a traversé tellement de choses ensemble, qu’en effet nous ressemblons plus à une famille.

Lorsque vous avez rejoint le groupe, il y avait déjà un batteur: le Zurichois Thomas Wydler. Comment s’est passée votre collaboration?

Il a toujours été le batteur principal du groupe. Quand je suis arrivé, j’ai été engagé comme percussionniste et claviériste. Parfois c’est intéressant, artistiquement, de mélanger les rôles. Il m’est donc arrivé de plus jouer de batterie que Thomas, alors que d’autres fois c’était lui. Sur cette tournée, je ne joue de la batterie que sur deux chansons; sinon je suis derrière un jeu de percussions plutôt élaboré.

Le premier album que vous avez enregistré avec les Bad Seeds, «Murder Ballads», est probablement le disque de Nick Cave qui s’est le mieux vendu grâce au duo «Where the Wild Roses Grow» avec Kylie Minogue. Pour un musicien qui comme vous venait des milieux alternatifs, cela a dû être étrange d’avoir soudain une telle visibilité??

J’ai eu beaucoup de chance, non? Je connaissais Nick Cave and the Bad Seeds depuis les débuts du groupe, j’avais même rencontré Nick Cave et Mick Harvey à l’époque de The Birthday Party, avec qui nous avions tourné quand je jouais avec Lydia Lunch. Ma relation avec ces types remonte ainsi à loin. Et j’ai donc eu la chance de les rejoindre à un moment où non seulement je pouvais avoir un rôle important dans le groupe, mais où le grand public commençait également à avoir conscience de notre existence. Nous étions dans l’esprit de certaines personnes un groupe culte, et soudainement nous étions devenus un groupe culte et populaire.

A lire: Un jour bien rempli dans la vie de Nick Cave

Depuis la fin des années 1970 et vos débuts avec Lydia Lunch au sein de Teenage Jesus and the Jerks, vous avez collaboré en tant que musicien ou producteur avec de nombreux groupes, dont Sonic Youth et The Cramps. Et en marge des Bad Seeds, vous êtes le leader de The Vanity Set. Faites-vous des distinctions entre vos différentes activités?

Absolument pas, car je ne suis pas le genre de personne qui a un plan de vie. Je n’ai jamais décidé de devenir musicien, comme je n’ai jamais projeté de jouer dans un certain type de groupes. Je me suis juste retrouvé à faire des choses, et certaines personnes pensaient que je les faisais bien, d’autres pas… J’ai toujours eu beaucoup d’enthousiasme pour différents styles de musique, je pense que mes goûts se reflètent dans les groupes avec lesquels j’ai collaboré et les projets que j’ai menés. Il y a probablement dans le monde plus de musique que j’aime que de musique que je n’aime pas. Je cherche constamment à faire des choses différentes, et j’ai vraiment de la chance d’avoir pu travailler avec des gens aussi intéressants que Lydia Lunch, Sonic Youth, The Cramps et tous les jeunes groupes que j’ai pu produire. C’est passionnant de travailler avec des jeunes, car vous devez démarrer de zéro puisqu’ils n’ont pas de passé. Il y a une chose que je déteste: quand vous découvrez un groupe dans un club et qu’ensuite leur premier album ne reflète pas du tout ce que vous avez entendu. J’ai ainsi toujours essayé de conserver en studio l’excitation du live.

Depuis votre arrivée au sein des Bad Seeds, vous avez coécrit plusieurs titres sur différents albums de Nick Cave. Comment se passe habituellement l’élaboration des disques: est-ce que Nick vous propose des démos que vous retravaillez ensuite avec les autres musiciens?

C’est à chaque fois différent. Il y a des albums sur lesquels Nick et Warren Ellis travaillent à deux, alors que parfois ce sont des impulsions de Thomas Wydler ou Martyn Casey qui débouchent sur des morceaux. Et sur d’autres disques, c’est Nick, Warren, Martyn et moi, ensemble dans une pièce, en train d’élaborer des morceaux en improvisant – ça a été le cas sur Abattoir Blues, Dig Lazarus Dig!!! et les deux albums de Grinderman. Quant à The Boatman’s Call et No More Shall We Part, Nick les a écrits dans son bureau, seul au piano. Il n’y a donc pas de règle. Mais inutile de vous dire que Nick est la composante principale de tout ce que nous enregistrons. Son empreinte est indélébile, mais la manière dont il interagit avec nous varie d’un disque à l’autre. Parfois, ce sont les circonstances qui nous poussent à travailler différemment, comme ce fut le cas pour notre dernier album, Skeleton Tree, un disque unique dans notre histoire, car entouré d’une grande tension émotionnelle.

Skeleton Tree est en effet hanté par la mort d’un des fils de Nick Cave. Diriez-vous que cet album a été pour lui un moyen d’exorciser ce drame?

Je ne sais pas si vous avez déjà perdu quelqu’un, mais pour quiconque fait l’expérience de la perte, s’impliquer dans un projet va vous permettre de faire face au deuil; c’est un processus normal, je le sais car je suis aussi passé par là. Quand vous perdez quelqu’un, vous vous posez de nombreuses questions; travailler peut alors vous aider à ne pas être submergé par ces questions. Mais je ne suis pas le psychiatre de Nick, je ne suis pas dans sa tête, et finalement nous n’avons pas à le savoir. Il y a des choses qui doivent rester privées, même si je pense que Skeleton Tree a en effet eu des vertus thérapeutiques.

Même si on peut avoir l’impression d’arriver à comprendre Nick Cave à travers ses textes, il reste très mystérieux, comme c’est par exemple le cas dans le documentaire fictionnel «20 000 Days on Earth». Comment le définiriez-vous en quelques mots?

Je ne définirais personne en quelques mots, ni Nick Cave, ni vous, ni moi… Comment pourrait-on réduire des êtres humains à quelques mots? Inévitablement vous allez oublier quelque chose, car les humains sont des êtres complexes vivant dans un monde complexe. Mais si vous souhaitez approcher sa personnalité, ce qu’il est en dehors de son personnage public, je vous conseille de regarder le documentaire One More Time With Feeling. Même si les films ne reflètent que ce que le réalisateur et son sujet ont choisi de montrer, celui-ci vous donnera quelques pistes; il capture plus que les autres films que vous auriez pu voir sur Nick, qui il est.


Nick Cave and the Bad Seeds en concert à Genève, ce lundi 13 novembre à l’Arena, 20h.

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