Musique

Nicki Minaj, fin de tour à l’Arena de Genève

La rappeuse new-yorkaise achevait au bord du Léman une épopée européenne marquée par des annulations et si peu d’engouement. Dommage, son show valait le détour, finalement

Depuis Queen, quatrième album paru en 2018, rien ne va chez Nicki Minaj. D’abord, son disque n’obtient pas les scores espérés. Ensuite, le rappeur Future se désengage de leur tournée commune. Enfin, les tickets de ses concerts américains rament pour trouver preneur. Prudente, la production annule l’affaire, pariant sur un tour européen «pour voir». Problème, la «reine du rap» n’y soulève pas les foules. On pense à embaucher 6ix9ine afin d’aguicher les kids? Pas de chance, il est en taule. On se rabat finalement sur Juice Wrld, peu fameux ici, et l’affaire se lance pour… se vautrer. Concerts annulés à Bratislava, Bordeaux et Dublin en raison de «problèmes techniques» et salles clairsemées ailleurs: Minaj bouclait jeudi soir son Nicki Wrld Tour à Genève, amère et sans couronne.

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A notre arrivée, on découvre une Arena des petits soirs que Juice Wrld est donc chargé de chauffer. Problème, le Chicagoan n’a pas grand-chose à proposer sinon une présence molle et un style rabâché: auto-tune et beats gringalets. Un DJ à ses côtés dont le job se limite à brailler «Let’s go!» et «Ok!»; le rappeur s’ennuie, jouant finalement l’intégralité de Take A Step Back, de Ski Mask The Slump God, pourvu qu’en face, ça se bouge enfin. Oh, ça essaie… Mais sans cœur. Surtout, ça patiente. Car une fois le «Juice» parti, Nicki se fait désirer. Salement. 21h15. 21h30. Rien. Là, une question: va-t-elle se montrer, ou bien?

Beyoncé sur écran

21h45. Finalement, oui, elle vient, «Barbie»! Elle vient coincée dans un fourreau doré, longue chevelure brune lâchée et juchée sur une licorne qu’entourent cinq danseurs-gladiateurs. Est-elle pressée par le temps ou désireuse d’en finir avec cette tournée flop pour laquelle ses rivaux riront d’elle longtemps? Toujours est-il que la Trinidadienne envoie du lourd, direct. Passé Majesty et Hard White pour mise en bouche, la voilà lovée sur un lit en baldaquin, sa cour gigotant autour, tandis qu’elle rappe Feelin’Myself, tube cosigné avec Beyoncé dont la trombine apparaît sur grand écran. Le public exulte. Alors Minaj se lâche, assume le play-back ou y va d’un flow de mitraillette sur Anaconda. Qu’elle s’absente brièvement pour se changer? Ses danseurs assurent les interludes, notamment une chorégraphie de majorettes bizarre. Mais la patronne revient dare-dare à la charge rappeler que si elle s’y connaît en hip-hop, elle donne aussi dans l’EDM (Electronic Dance Music).

Turn Me Up: Nicki invite des fans à suer avec elle sur scène, enfermant l’un d’entre eux dans une cabine en forme de… suppositoire. L’Arena a la banane. Il n’est plus ce hangar moche, mais un super club d’Ibiza. Et chez Minaj, quelque chose alors se soulage, comme si les quatre dernières semaines de galère endurées pouvaient provisoirement s’oublier. On se met à l’aimer. On l’adore finalement quand, seulement accompagnée d’une choriste, la gosse du Bronx interprète le pudique Save Me. Ce sont quatre minutes magnifiques où Nicki, dévoilée en chanteuse vulnérable, supplie son public: «Ne me laisse pas tomber.» Un peu plus tard, sous une pluie de confettis et à nouveau juchée sur sa licorne, finalement, elle disparaît.

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