Il aura aimé être un artiste. Il deviendra un grand patron. Nicolas G. Hayek, né au Liban, devenu Suisse au hasard d’une rencontre – sa future épouse Marianne Mezger –, se fait connaître par ses talents à réorganiser des entreprises, les Ecoles polytechniques fédérales, le Département militaire. Au début des années 1980, l’industrie horlogère est promise à la faillite. L’industriel Stephan Schmidheiny, Pierre Arnold, grand patron de Migros, et Ernst Thomke font une proposition de reprise aux banques, pressées de liquider une industrie moribonde. Surtout, ils s’appuient sur l’expertise et l’aura de Nicolas G. Hayek, consultant providentiel. La future Swatch, une montre en plastique et à quartz à laquelle personne ne croit vraiment, est déjà dans les cartons. Il en fera l’étendard d’une renaissance si spectaculaire qu’elle rétablit la confiance au sein des manufactures. Dans un pays où l’on se méfie des messies, Nicolas G. Hayek incarne l’entrepreneur atypique qui parle de «rêve» quand d’autres parlent de «coûts», insiste sur le design, les technologies fécondes quand tant d’autres sont tétanisés par la nouveauté. Il bousculera l’establishment helvétique et s’emportera dans ses innombrables interviews. Avec lui, le génie horloger suisse guérit d’une maladie nationale: la peur de déranger.

Autres prétendants: Albert Einstein, Max Frisch, Jean Tinguely, les dynasties Knie, Piccard, Pictet et Suchard.