jazz

Nicolas Masson, l’envol assisté

Le saxophoniste genevois livre, en trio, un disque de pure contemplation

Genre: jazz
Qui ? Masson/Pianca/Maniscalco
Titre: Third Reel
Chez qui ? (ECM/Musicora)

On se croit parti pour une de ces planeries estampillées ECM («le plus beau son après le silence», etc.), et puis Nicolas Masson prend les choses en… sons. Plongé mais non plombé dans l’admiration des grands maîtres du ténor post- (et parfois pré-) coltranien, son saxophone volontiers rhapsodique trahit un goût prononcé pour la contemplation qui rappelle un peu, sur la scène actuelle, la manière intelligente d’un Jacques Schwarz-Bart. D’envolées nerveuses en épures zen, il confère à cette musique guettée par une forme de fragilité infiniment touchante, un poids qui ne l’écrase pas mais qui lui assure quelque chose comme un supplément d’incarnation.

Le Genevois peut compter, pour son baptême d’ECM, sur l’apport constamment frais des même pas trentenaires Roberto Pianca et Emanuele Maniscalco. Le premier, guitariste sans esbroufe, connaît son John Abercrombie sur le bout des cordes, sans pour autant cracher sur les distorsions; il les insère avec un à-propos irréprochable, c’est-à-dire toujours stimulant, dans un discours commun dont il ne perd pas de vue une seconde la cohésion. Le second, batteur tout en demi-teintes, s’inscrit dans le sillage évident de Paul Motian: il n’en a pas encore le sens aigu de l’inattendu mais déjà celui, pictural, des couleurs, et son corollaire architectural, l’aération, qui en facilite la circulation et les alliages harmonieux. Magnifique trinité, on l’a compris, où chacun laisse libre cours à sa fantaisie sans placer les deux autres en situation subalterne.

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