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Nicolas Party dans son atelier new-yorkais.
© Aubrey Mayer

Art contemporain

Nicolas Party, l’artiste romand qui dialogue avec Magritte

Comme Maxime Büchi, Nicolas Party a d’abord embrassé la culture du graphe avant d’embrayer sur l’art. Le Lausannois partage désormais sa vie entre New York et Bruxelles et assume d’aimer les maîtres anciens. Il est exposé au Musée Magritte

Nicolas Party dessine des paysages, des portraits, des natures mortes et des fruits avec une technique de pastel sur toile. Devant ces œuvres très colorés au style naïf assumé, on pense à Giorgio Morandi, Fernand Léger, David Hockney ou encore René Magritte. «Je les admire tous. Je suis allé dans l’atelier de Hockney. C’est quelqu’un dont l’énergie m’inspire. Magritte? Je viens d’ouvrir une exposition dans son musée à Bruxelles où mes pièces dialoguent avec les siennes, explique l’artiste lausannois. J’ai toujours été plus sensible aux œuvres d’artistes un peu anciens qu’à celles, plus modernes, de l’abstraction. A l’ECAL, on attendait des étudiants d’avoir des idées intelligentes et de nourrir un système de référence très contemporain, ce qui me bloquait.»

A voir ces influences classiques, on peine à croire que Nicolas Party est entré dans l’art par la porte du graphe. Il avait 12 ans lorsqu’il a couvert son premier mur. «C’était l’âge des bêtises. J’habitais à Cully. Avec les copains on allait dessiner à l’intérieur des piliers des ponts de l’autoroute. Il faisait noir. On entendait les grondements des voitures qui nous passaient au-dessus de la tête.»

Esprit de bande

L’artiste perfectionne ensuite son style, part à l’assaut de surfaces plus ambitieuses, en compagnie notamment de Maxime Büchi, qui adhère lui aussi à cette culture de la fresque urbaine. «Il existait deux catégories de graphe: la légale et l’illégale. Moi je pratiquais aussi bien le graphe sauvage sur les wagons de train, dans les terrains vagues où il était autorisé, que dans les bars qui nous mandataient», énumère celui pour qui le graphe relève du domaine de la performance. «Dessiner sur un mur est une discipline physique. Il faut aller vite, se faufiler dans des endroits parfois difficiles d’accès. Pour nous, le résultat avait, dans le fond, assez peu d’importance. C’était de le faire qui était excitant, de tutoyer le danger dans le feu de l’action.» Ajoutez à cela la sensation grisante de ne jamais savoir comment les choses se dérouleraient. «On savait juste que le temps serait court et qu’il faudrait se dépêcher. C’était aussi un truc de groupe où chacun entraînait l’autre.»

Cet esprit de bande n’a pas complètement quitté Nicolas Party. De même que le mur, support sur lequel il dessine toujours, mais des vues de montagnes, des visages et plus du tout de graffitis. «Cela se passe désormais dans les musées, les centres d’art et les galeries. J’y retrouve ce principe collaboratif avec les équipes techniques qui travaillent avec moi. Et puis en Suisse romande, la peinture murale est presque une tradition.» L’artiste pense à Stéphane Dafflon, à Francis Baudevin, à Philippe Decrauzat, à Christian Robert-Tissot, à Olivier Mosset ou encore à John Armleder, des artistes qui sont proches de l’abstraction, presque tous professeurs à l’ECAL à l’époque où Nicolas Party s’y trouvait. «Là-bas je n’ai pas suivi les beaux-arts, je suis d’abord entré à la section de cinéma avant de me former au graphisme en communication visuelle. Le dessin tel que je le pratiquais était un peu trop à l’opposé de ce que l’on y enseignait. J’ai préféré trouver par moi-même une manière contemporaine d’utiliser mes références qui restent majoritairement suisses. Ferdinand Hodler et Félix Vallotton reviennent constamment. Mais aussi Hans Emmenegger et Cuno Amiet, que je regarde beaucoup en ce moment. En Belgique, j’ai découvert les œuvres symbolistes de Léon Spilliaert et de William Degouve de Nuncques qui utilisaient aussi la technique du pastel sur toile.»

Dans son panthéon se trouve également le peintre vaudois François Bocion, qui a beaucoup planté son chevalet dans la région de Lavaux. «J’aimais voir comment il avait réussi à retranscrire ce paysage impressionnant que je dessinais énormément à l’adolescence. Et dont les toiles, pour moi, rendaient sa beauté bien plus fidèlement qu’une photographie.»

Lire aussi: Maxime Plescia-Büchi: «L’art représente le concentré de la pensée humaine»

Fan de Tintin

En 2006, Nicolas Party quitte la Suisse, direction l’Ecole des beaux-arts de Glasgow où il achève un master, cette fois en arts visuels. «J’étais un peu isolé. C’est là que je me suis retrouvé, là que je suis retourné à des sujets très simples et très basiques, mais qui me parlaient.»

La pratique en plein air va aussi se rappeler à son bon souvenir. L’artiste va ainsi exécuter des séries de fruits coupés qu’il peint directement sur des rochers dont les formes l’inspirent. «Ce travail sur le mimétisme, je l’avais déjà commencé à Lausanne. Pour moi, ce n’était pas de la sculpture, mais juste de la peinture en volume. Le seul objet que j’ai réalisé est un chat avec une imprimante 3D, un peu comme si je l’avais sorti du tableau. Mais je ne me considère absolument pas comme un sculpteur.» Même lorsqu’il expose ses immenses têtes peintes de 3 mètres de haut? «Même là. Je les place au même niveau que mes tableaux ou que mes peintures murales. Je suis un peintre qui occupe de l’espace», explique le jeune homme qui partage sa vie entre New York et Bruxelles. «La première reste un endroit génial pour l’énergie qu’elle dégage, surtout quand vous êtes artiste. La seconde est forcément plus calme. J’adore y vivre. Et puis, c’est aussi la ville de Tintin dont je suis un immense fan.»


Nicolas Party au Musée Magritte, jusqu’au 18 novembre.

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