Le documentaire suisse Aisheen [Still Alive in Gaza], produit grâce à des fonds qataris et tourné dès février 2009 à Gaza, a été pris dans la section Forum. Quatre séances pleines d’un public plongé dans la marmite de la survie, une presse allemande conquise, des acheteurs internationaux au portillon: le Genevois Nicolas Wadimoff peine à cacher la joie que lui a procurée ce séjour berlinois.

Le Temps: Comment avez-vous géré votre bonheur d’être à Berlin, alors que les gens que vous avez filmés survivent toujours à Gaza?

Nicolas Wadimoff: Si nous n’avions pas d’abord montré le film à Gaza comme nous l’avons fait en novembre, j’aurais peut-être le sentiment de les avoir dépossédés de quelque chose et d’en profiter tout seul.

– Pratiquement, à quel traitement a-t-on droit quand on est invité dans un festival aussi prestigieux que la Berlinale?

– Paradoxalement, les très grands festivals, de par leur ampleur, ne sont pas ceux où l’on est le plus choyé. Il faut dire qu’ils savent très bien ce qu’ils nous apportent par ailleurs. Je suis allé dans des festivals, en Asie notamment, où il y a tapis rouges, limousines, palaces. A Berlin, on est là pour le cinéma. C’est quelques nuits d’hôtel offertes, pas de flonflons, pas de bling-bling et basta.

– En quoi ce séjour vous a-t-il été surtout profitable?

– Il y a les rencontres avec les collègues, la possibilité de montrer le film à des acheteurs du monde entier. Et, surtout, le fait d’avoir Berlin dans sa filmographie, ça change la donne. Si la Berlinale m’avait sélectionné plus tôt, j’aurais sans doute dilapidé ce formidable capital. Quand mon premier film, Clandestins, a été pris à Locarno en 1997, j’ai croqué dedans à pleines dents, avec une certaine naïveté et je n’ai pas forcément fait les bons choix ensuite. Aujourd’hui, j’ai 45 ans, je suis toujours aussi passionné, mais plus mûr. Je vois cette expérience berlinoise comme un aboutissement que je souhaite mettre au service de ma maison de production, Akka Films, et de mes associés. Je fais tout pour ne pas me laisser emporter, comme autrefois, par un enthousiasme démesuré. J’ai compris qu’il n’y a que les faits et les films qui parlent. Et je vais essayer, en toute humilité, de simplement continuer à fabriquer des films.