Peut-être qu’un libraire doit savoir se comporter en joueur d’échecs, et en 2019 plus que jamais: prévoir les coups, développer patiemment les ripostes, etc. La pensée nous traverse en écoutant Nicole Brosy, dans un café protégé par des arcades, à Delémont. On constate aussi, en écoutant la patronne de la librairie-papeterie Page d’encre, une institution qui rayonne loin à la ronde depuis 1998, combien la vocation de libraire puise, bien souvent, loin dans l’enfance. L’un ne va pas sans l’autre, se dit-on encore, c’est-à-dire cette volonté de se battre, de se réinventer et l’émerveillement ressenti à 8 ou 10 ans, un livre dans les mains.

«Vous êtes venue à Delémont en train? Alors vous avez vu…» glisse Nicole Brosy sur le ton d’un diagnostic médical inquiétant. Ce dont parle la libraire, ce sont les magasins fermés de l’avenue de la gare, la grande artère commerçante du chef-lieu jurassien. Non, ce ne sont pas les vacances d’été ou la canicule qui ont tiré les stores des devantures. Le commerce en ligne attaque frontalement les magasins «physiques» créant, comme dans d’autres centres-villes de Suisse romande, un climat de début de désertification.