roman

Nicole Krauss – née à New York en 1974 –, on l’a découverte il y a six ans avec

La subtile construction de L’Histoire de l’amour évoquait Calvino mais, hélas, Nicole Krauss ne renouvelle pas son exploit avec La Grande Maison.

Genre: ROMAN
Qui ? Nicole Krauss
Titre: La Grande Maison
Trad. de l’anglais par Paule Guivarch
Chez qui ? L’Olivier, 335 p.

Nicole Krauss – née à New York en 1974 –, on l’a découverte il y a six ans avec L’Histoire de l’amour, roman vertigineux qui brasse les époques et les lieux en mettant en scène trois personnages que tout semble séparer: un vieux Polonais rescapé de la déportation, un écrivain exilé en Amérique latine et une adolescente fantasque qui a perdu son père et qui s’escrime à consoler sa mère. Ces trois destins, Nicole Krauss les relie au même fil rouge, un mystérieux manuscrit qui circule comme un sésame dans son roman, un très bel éloge de la littérature et de ses pouvoirs rédempteurs.

La subtile construction de L’Histoire de l’amour évoquait Calvino mais, hélas, Nicole Krauss ne renouvelle pas son exploit avec La Grande Maison, un récit labyrinthique, filandreux, sibyllin, inutilement alambiqué. Ce qu’elle nous propose, au risque de nous égarer dans un jeu de piste qu’elle ne maîtrise pas, c’est de suivre – sur plus d’un demi-siècle – les tribulations d’un énigmatique bureau composé de dix-neuf tiroirs, dont l’un est fermé à clé… «C’était une chose énorme, menaçante, qui écrasait les occupants de la pièce qu’il habitait, feignant d’être inanimé mais qui, telle une dionée, était prêt à bondir sur eux et à les digérer à l’aide d’un de ses nombreux et terribles petits tiroirs», écrit Nicole Krauss, dont on devra dénouer l’écheveau (entre New York et Jérusalem, Londres et Budapest) pour retrouver les traces des différents propriétaires de ce bureau, tous détenteurs de secrets plus ou moins douloureux: un historien juif, une Londonienne qui fut déportée en Pologne, un poète chilien assassiné pendant la dictature, une romancière new-yorkaise et même ­García Lorca – dont l’ombre passe dans le livre pour s’éclipser aussitôt.

Tous ces personnages apparaissent, disparaissent, reviennent, dans un chassé-croisé où se mêlent enfants blessés ou abandonnés, pères castrateurs, couples désunis et écrivains frappés par le mal de vivre. Résultat des courses: un roman trop ambitieux – sur la transmission, sur la mémoire, sur la création artistique, sur les séquelles de l’Histoire – où Nicole Krauss ne parvient pas à tenir son pari, abuse des parenthèses et fait du remplissage en essayant d’agencer des pièces qui ne s’emboîtent pas toujours. Pleine de courants d’air, cette Grande Maison ressemble à du mauvais Paul Auster.

Un roman trop ambitieux qui abuse des parenthèses

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