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Nicole Petignat: «Il faut savoir lire les gens. L’arbitrage, ce n’est pas que du foot. Il y a beaucoup de questions humaines qui s’y mêlent.»
© Eddy Mottaz / Le Temps

Destin de Champion

Nicole Petignat: l’arbitrage, une école de vie

Première femme à siffler des matchs de Super League, l’ancienne arbitre internationale se consacre désormais pleinement à son métier de masseuse thérapeute entre Zurich et le Jura

Ils ont tous été au sommet de leur sport, du tennis au football en passant par le judo et l’athlétisme. Aujourd’hui reconvertis, ils reviennent pour «Le Temps» sur leur carrière parfois mémorable.

Les précédents épisodes: 

A l’écart de la ferveur des stades de foot, de la clameur des foules et de la frénésie des rencontres sportives, Nicole Petignat vit à présent la moitié du temps dans son chalet qui surplombe le charmant village jurassien de Soulce. Loin de se satisfaire d’une vie tranquille et monotone, elle garde un cabinet de massage à Zurich, se consacre avec passion à la lecture et au sport, donne parfois des conférences sur sa carrière et a longtemps entraîné une équipe de handibasket.

Si l’Ajoulote d’origine s’est installée en 2007 dans ce village isolé de 240 âmes, c’est par amour de la campagne et pour rester proche de sa famille, sa maman et ses deux sœurs. «Dans notre famille, nous sommes très proches», nous confie-t-elle. Dominique, sa jumelle et confidente de toujours, son double comme elle l’appelle, est d’ailleurs la seule à qui elle avait confié sa décision d’arrêter l’arbitrage à l’issue du match Xamax-Bâle, le 1er décembre 2008. Une boucle bouclée, puisque son premier match de Super League, en 1999, s’était également déroulé au stade de la Maladière, sur la même rencontre. Son projet était alors inconnu de ses assistants et de son superviseur et ex-conjoint, l’ancien arbitre Urs Meier.

Nicole Petignat a choisi de partir sans bruit, dans la discrétion qu’elle affectionne et que sa célébrité a souvent mise à mal. C’est dans son séjour, devant un verre de jus de pomme, que Madame l’arbitre se souvient de son parcours et nous parle de ce qui l’anime dans la vie.

La fille qui siffle les garçons

Depuis son début de carrière en 1984, elle est devenue «la fille qui siffle les garçons», titre de son livre autobiographique coécrit avec le journaliste Pierre-André Marchand. Elle était également appelée la femme en noir à cause de son maillot, tenue qu’elle agrémentait d’un bandeau blanc. Dans les années 2000, Nicole Petignat a marqué l’histoire du foot suisse par son caractère bien trempé et son statut de «première femme à»… être arbitre en Suisse, diriger une finale de Super League ou encore siffler un match en coupe de l’UEFA. Ne se limitant pas au sport masculin, elle a également évolué dans les rencontres féminines, notamment lors de la finale de la Coupe du monde féminine en 1999, à Pasadena, Californie.

Modeste, Nicole Petignat estime avoir réussi parce qu’elle prenait les choses comme elles venaient. «Quand on est moins acharné, plus ouvert à l’échec, on est plus adaptable et plus ouvert. Sinon on se met trop de pression.» Pour elle, le fait d'arbitrer des hommes en étant une femme était simplement l'aboutissement d'une passion vécue à fond, davantage qu'un engagement militant. «Il y a eu des femmes qui m’ont demandé de parler pour elles, mais je ne voulais pas. Etre féministe, pour moi, ça voulait dire imposer quelque chose. Si j’avais été féministe, je n’aurais pas pu arbitrer ne serait-ce qu’un match.» En 25 ans de carrière, elle a pourtant fait couler plus d’encre que la plupart de ses homologues masculins. Victime d’insultes, de critiques, elle a su s’imposer grâce à son franc-parler déconcertant et à sa vie personnelle mouvementée.

Il faut savoir lire les gens. L’arbitrage, ce n’est pas que du foot. Il y a beaucoup de questions humaines qui s’y mêlent.

Au-delà de la notoriété, qu’elle dit n’avoir jamais cherchée ou appréciée, elle s’est toujours considérée comme quelqu’un de simple. Dans le petit coin de paradis qu’elle s’est aménagé, en compagnie de sa chienne espiègle Luna, l’ancienne arbitre profite de la quiétude de la campagne pour affûter le regard sensible qu’elle porte sur la vie. Elle estime son métier de thérapeute comme une simple continuité. Nicole Petignat n’a pas l’impression d’avoir vécu une rupture après la fin de sa carrière d’arbitre, principalement parce qu’elle n’était pas professionnelle – elle a toujours travaillé en tant que masseuse thérapeute à côté des matchs le week-end –, mais aussi parce qu’elle considère que les deux métiers se ressemblent beaucoup. «Il faut savoir lire les gens. L’arbitrage, ce n’est pas que du foot. Il y a beaucoup de questions humaines qui s’y mêlent.»

Elle assure qu'elle n'entretient aucune nostalgie par rapport au passé. «Je me suis préparée à ma fin de carrière, j’y ai réfléchi pendant près d’un an. J’avais vu comment mon ex-conjoint, Urs, avait souffert de sa retraite et je ne voulais pas de ça.»

En recherche de spiritualité

Passionnée de physique quantique et par le fonctionnement du cerveau et du corps humain, elle alimente les soins thérapeutiques qu’elle prodigue de nombreuses lectures sur le développement personnel et la méditation. «Dans ma pratique, on cherche à savoir pourquoi le corps a des douleurs, ce qu’il essaie d’expliquer.» N’hésitant pas à citer le maître reiki Jacques Martel pour illustrer son point de vue: «Quand on a mal au genou (qu'on peut entendre comme «je et nous»), cela vaut dire qu’il faut aller voir ce qui ne va pas du côté de la famille, par exemple.»

Elle se forme ainsi régulièrement auprès d’autres praticiens et spécialistes, tout en étant convaincue d’une spiritualité qui interroge l’inexplicable, le mystère des énergies qui circulent et les phénomènes surnaturels. «Je crois en plusieurs vies et je crois que nos vies passées influencent notre vie présente», assure-t-elle. Pour Nicole Petignat, rien n’est dû au hasard et tout trouve une explication au plus profond de nous-même ou du passé.

Alors que notre entretien touche à sa fin, elle se préoccupe soudainement de ce que dégage notre photographe. «Vous avez un nœud dans le dos», ressent-elle à distance. «Vous devriez aller vous faire masser, vous occuper de vous.» Après avoir deviné nos groupes sanguins respectifs, elle déclare sans ambages au journaliste: «Vous, vous dégagez quelque chose que j’ai senti au téléphone. Sans quoi j'aurais refusé l'interview. Normalement, je ne vois pas trop les journalistes, j’ai autre chose à faire.» A-t-elle acquis cette sensibilité grâce à l’arbitrage ou après? «Après, mais l’arbitrage m’a aidée parce que ça m’a appris à sentir les gens. Je décèle tout de suite leur caractère.»


Profil

1966 Naissance à La Chaux-de-Fonds.

1984 Début de carrière.

1999 Arbitrage de la finale de la Coupe du monde féminine.

2003 Première femme à arbitrer un match masculin de l’UEFA Cup.

2007 Arbitrage de la première finale de Coupe de Suisse arbitrée par une femme.

2008 Retraite de l’arbitrage.

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