Plutôt occupée, ces dernières années, par des créateurs alémaniques, la sélection des courts métrages suisses du Festival du film fantastique de Neuchâtel montre cette année quelques avancées de la part de concepteurs situés en Suisse romande. Et, c’est à souligner, peu de productions émanent d’écoles de cinéma. La durée des films s’allongeant, les organisateurs ont dû scinder la section en deux parties. Comme toujours, «fantastique» se comprend ici au sens le plus large, du plus orthodoxe à la fantaisie réaliste.

Dans le registre du surnaturel, au moins comme donne de départ, Bunny, de Sebastian Engstroem, prouve une maîtrise déjà remarquable du récit et de sa mise en scène. Une partie de cache-cache entre une mère et sa fille tourne à la narration, brutalisée par les émotions, d’un drame antérieur: tenant parfaitement le délai imparti, 10 minutes, le cinéaste tisse une trame sophistiquée, en pleine adéquation avec son propos.

Investissant sans hésitation la science-fiction, Parallel, d’Andrew R. Jones avec Carlos Leal, joue sur les failles temporelles à propos de la rencontre d’un couple… sur fond d’expériences du CERN. L’une des cartes de menu du NIFFF propose aussi un fantastique alpestre avec Totentanz, de Gerald Ruppen, itinéraire d’un jeune homme quittant son vieil oncle fêtard pour s’aventurer le long de sentiers habités, et près de la résidence de moines pas tout à fait disparus.

Les amateurs ne seront toutefois pas déçus par certaines oeuvres qui ne relèvent pas, stricto censu, du genre du festival. L’attachant Melvin, de Benoît Monney et Sami Khadraoui, conte la drôle de journée d’un homme qui semble ne jamais résister à la tentation d’aider son prochain. Dans un registre un peu plus mélancolique, La Traversée, de Bruno Deville, offre une touchante variation sur la rupture d’un destin, celui d’un promoteur immobilier, embarqué dans un projet de golf, à qui une journée de travers permet de reprendre conscience de ses priorités. Citons encore l’hilarant Two Left Hands, de Steven Blatter et Carl Jansson, description pas à pas, si l’on peut dire, de ce qui arrive à un incalculable maladroit dès son réveil. Après avoir vu ces cinq minutes sur fond de musique d’ascenseur guillerette, le pire des matins semblera parfait… L’humour comme touche un peu fantastique, qui puisse marquer loin à la ronde; Two Left Hands ne comporte pas de dialogue, illustrant l’ambition des auteurs de faire circuler leur œuvre. Ce souci croissant dans la production helvétique se traduit aussi, dans certains cas, par le choix de l’anglais. Paris de cinéastes en devenir.

■ Festival du film fantastique de Neuchâtel. Projections des courts métrages mercredi 11 et vendredi 13 (ce jour-là, les deux sections). Rens. www.nifff.ch