C’est quand même la moindre des choses, pour un festival qui a déversé des hordes de zombies pendant 19 éditions, de survivre à sa propre annulation. Ce jeudi, les organisateurs du Festival du film fantastique de Neuchâtel, le NIFFF, ont dévoilé le programme de l’événement hors-série qui prendra place dans la cité horlogère, mais surtout en ligne, du 3 au 11 juillet, dates de la regrettée manifestation. Au programme: des films, évidemment, mais aussi une émission de TV, des interviews, et même de la musique en livestream.

Dix-huit films, comme une compétition

Via la plateforme Cinefile.ch, le NIFFF (dont Le Temps redevient partenaire cette année) proposera 18 films. Le même ordre de grandeur, et la même variété, que son habituelle compétition internationale: les rêveries, troubles ou cauchemars viendront d’Inde, de Norvège, de Thaïlande, d’Allemagne ou des Etats-Unis. La palette va d’une sombre histoire de virus des profondeurs (Sea Fever, Irlande) au dernier Johnnie To (Chasing Dream), en passant par un «survival anti-patriarcal turc» (Av the Hunt), une comédie musicale japonaise (Dance With Me, du réalisateur de Robo-G) et une «romance dystopique» baptisée Poissonsexe, avec India Hair et Gustave Kervern.

Il y aura aussi des courts métrages et une partie de la sélection 20 20 20, qui passe ces temps sur la RTS et tournera dans les cinémas romands.

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Et «NIFFF TV»

L’originalité de la démarche est d’y adjoindre une émission quotidienne, NIFFF TV, à 21h, produite depuis l’historique cœur du festival, le Théâtre du Passage. Débats, grands entretiens et chroniques seront égrenés au long des dix jours. Le programme comprendra notamment des discussions avec Nicolas Winding Refn (Drive), l’architecte du nouveau Suspiria Luca Guadagnino, Eli Roth (Hostel) ou Alex de la Iglesia (El Bar), ainsi que des excursions auprès d’auteurs dont Pierre Bordage, Zep et Antoinette Rychner. Benoît Forgeard, le réalisateur du savoureux Yves, l’histoire de frigidaire intelligent qui a acidulé l’édition 2019 du NIFFF, tiendra une chronique.

En bonus pour les fins de soirée, DJ sets en ligne, podcasts musicaux et un mystérieux «projet immersif» pour recréer le off du festival – un jardin anglais global. L’offre sera regroupée dans une app qui sera proposée quelques jours avant le début.

Pour un festival qui scrute, depuis 19 rendez-vous, l’imaginaire mondial, ses pulsions et répulsions, nul doute que, même fauchée dans son élan, cette dizaine 2020 sera marquée par la catastrophe récente, et ce qu’elle dit du monde. En note d’intention, la directrice Anaïs Emery, dont ce sera la drôle d’ultime édition, précise: «C’est l’imaginaire qui précède le réel. Il est le filtre au travers duquel on décode notre réalité. Après cette crise, il sera compliqué de nier le rôle central du fantastique et de ses genres affiliés dans la compréhension de notre société et de son évolution.» Solide postulat pour un festival contraint aux nuages.

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