Un vrai jour de répit. Enfin. Mercredi, après la longue journée précédente de trajet depuis Los Angeles, les musiciens ont quartier libre à New York. Ils peuvent reprendre leur souffle, se réadapter aux trois heures de différence entre les deux villes, se détendre et répéter à l’hôtel. Pour le pianiste Nikolaï Lugansky, qui assure la partie centrale de l’intégralité des concerts, la pause n’est pas superflue. Arrivé directement de Moscou à Los Angeles avec onze heures de décalage horaire, il enchaîne depuis les répétitions et les concerts. Au bar de l’hôtel new-yorkais, après être allé travailler dans une salle du Carnegie Hall à trois rues de là, le soliste se rend disponible le temps d’une brève rencontre.

Derrière les vitres, la ville pulse. Devant son thé, Nikolaï Lugansky est toujours aussi calme, discret et agréable, malgré une musique d’ambiance entêtante. L’OSR accueille régulièrement le musicien en concert. Il a déjà participé à trois tournées avec l’orchestre, sous la direction de Marek Janowski, dans Mozart, Schumann et Tchaïkovski. Cette fois, la «Rhapsodie sur un thème de Paganini» de Rachmaninov a eu les faveurs de Charles Dutoit. Pourquoi? «Pour des questions de durée d’abord, car il fallait une pièce concertante assez courte après «Iberia» de Debussy, qui est conséquente.»

«Un orchestre est un organisme vivant»

La «Rhapsodie» a été composée à la période la plus heureuse de la vie du compositeur russe, dans sa villa de Sénar au bord du lac des Quatre-Cantons en Suisse. «Il y a beaucoup de vitalité, de brillant et une incroyable virtuosité tant pianistique qu’orchestrale, c’est vrai. Mais au fond on sent aussi de la noirceur derrière les mélodies très romantiques et les rythmes puissants.» En ce qui concerne l’OSR, Nikolaï Lugansky ne veut pas parler d’évolution. «On ne peut pas donner une définition d’un orchestre à un moment donné et dire qu’il change d’une façon constante. Un orchestre est un organisme vivant. A chaque moment, à chaque situation, les choses bougent, changent, avancent et reculent.» Alors, pendant la tournée?

«C’est un voyage très spécial. D’habitude, les salles de concerts sont en ville, à côté des hôtels. Ici, il y a de longs déplacements entre les deux. C’est intéressant car ça permet de découvrir un peu les paysages des régions visitées. Mais c’est aussi un peu court pour se préparer. Personnellement, je trouve les musiciens très malléables et réactifs. Très amicaux aussi. J’ai réellement beaucoup de plaisir à jouer avec eux, et j’ai fini par me faire des amis dans le groupe. Sur le plan artistique, ils s’adaptent à tout. L’OSR, bien que francophone, est plus universel que les orchestres français, plus spécialisés. J’ai le sentiment que, que ce soit dans Ravel, Schumann, Mozart, ou Tchaïkovski, ils sont partout chez eux.»

Quant à Charles Dutoit avec qui il a souvent joué, il le trouve «incroyablement gentil. Il m’a en quelque sorte présenté aux Etats-Unis. Grâce à lui, j’ai été invité à Chicago, Boston, New York, Los Angeles… Avec le temps, certaines personnes deviennent de plus en plus difficiles. Lui, c’est exactement le contraire. Tout est facile, léger, fluide et agréable. Rien n’est lourd, difficile ou compliqué, contrairement à d’autres qui dissertent pendant des heures. Il peut être strict, mais son rapport à la musique est foncièrement naturel, organique. Quant à son énergie biologique, elle est impressionnante.»