A 28 ans, Nikolaj Znaider enchante. C'est surtout par sa culture musicale et intellectuelle qu'il dépasse le commun des violonistes. Rien n'est plus beau que cette sonorité racée, que cette manière de conduire une phrase de bout en bout, avec générosité et poésie. Son récital, donné mercredi matin à l'église de Verbier, illustre à quel point il a encore mûri. C'est à huit ans que ce violoniste d'origine polonaise et israélienne, né au Danemark, scella sa vocation en voyant Itzhak Perlman à la télévision. Nikolaj Znaider joue avec une pureté d'intonation et un sens du style qui ne sont pas loin de rappeler son idole, même s'il a perfectionné son art auprès du grand pédagogue Boris Kuschnir, à Vienne. Les disques de Jasha Heifetz, Nathan Milstein, Yehudi Menuhin ont nourri son enfance. Leur legs transparaît dans cet archet qui s'autorise de grandes envolées sans jamais succomber à la sentimentalité ni à l‘effet facile.

Voilà qui est rare. Voilà qui fait chaud au cœur, d'autant que la jeune génération ne parvient pas toujours à canaliser ses émotions. Que ce soit dans la Sonate No 1 en la mineur de Schumann, la Sonate No 2 en la majeur de Brahms ou la Sonate No 2 en ré majeur de Prokofiev, Nikolaj Znaider prend son temps, respire en osmose avec l'excellent pianiste Daniel Gortler. Le travail sur les nuances, parfois aux confins du silence, relève d'une compréhension aboutie des partitions. Et même dans les bis (deux transcriptions de Gershwin et Ponce faites par Heifetz), il ne dévie pas d'un bon goût irréprochable, plein de charme et de sève.