Livres

Nina Allan sur une ligne fragile entre réel et fantastique

La disparition inexpliquée d’un être affecte tout son entourage. Dans «La Fracture», la romancière anglaise élabore une construction vertigineuse autour de la recherche de la vérité

Un être disparaît – parent, ami, ici une sœur – et le monde se craquelle, vacille: c’est la «fracture» du titre. On est en l’été 1994, dans la ville de Manchester. Julie, 17 ans, ne revient pas de la fête à laquelle elle avait dit se rendre. Tout le roman de Nina Allan s’enroule autour de cette béance. Julie a beau réapparaître vingt ans plus tard, mais déjà à la page 23, ce laps de temps sans elle a bouleversé trop de vies pour qu’elle puisse resurgir impunément. La Fracture est un livre complexe, composé du récit diffracté de l’existence supposée de la disparue, des démarches engagées pour la retrouver, d’histoires annexes, enchâssées. Il est aussi un portrait de Selena, la petite sœur, 15 ans à l’époque, victime collatérale du drame et peut-être son personnage principal.

En Angleterre, Nina Allan semble confinée au domaine de la science-fiction. S’il y a du surnaturel et de l’extraterrestre dans La Fracture, cet aspect n’est pas du tout son intérêt majeur. Dans tout le livre court la question de la vérité. Peut-elle être multiple? La foi exige-t-elle l’aveuglement? Y a-t-il une raison suprême qui transcende les preuves apportées par la raison? L’autre nom de cette raison est-il l’amour?