On attendait beaucoup de Nina Stemme pour son retour à la scène genevoise après neuf ans d’absence. La soprano suédoise s’est fait une spécialité du répertoire wagnérien, et on se souvient avoir été bouleversé par ses incarnations d’Isolde, à Glyndebourne, Bayreuth ou Zurich.

Samedi soir à l’Opéra des Nations de Genève, elle était accompagnée par le chef danois Thomas Dausgaard et le Svenska Kammarorkestern. Elle a chanté les Wesendonck Lieder avec le savoir-faire qu’on lui connaît, mais sans émouvoir pareillement qu’en représentation scénique.

Il faut dire que le programme de ce concert était curieusement fagoté. Mais pourquoi donc cette 4e Symphonie de Brahms en deuxième partie? Pourquoi de la comédie musicale associée à Wagner? Et pourquoi ces arrangements de Danses hongroises de Brahms pas toujours très heureux?

Si cela ne suffisait pas, le plateau de l’Opéra des Nations a tendance à assécher la sonorité. Du coup, les cordes sonnent un peu maigres. Les arrangements réalisés par Thomas Dausgaard accentuent la veine populaire de ces morceaux (à un moment donné, les musiciens tapent du pied pour marquer les rythmes), mais on y perd le chic et le soyeux qui font leur beauté.

Un timbre entre le bronze et l’ambre

Nina Stemme, elle, conserve ce timbre unique – entre le bronze et l’ambre – qui a bâti sa réputation. A-t-on pour autant été renversé d’émotion par ses Wesendonck Lieder? Pas tout à fait. En choisissant d’entamer son récital avec ce cycle redoutablement exigeant, elle se met en danger. La voix paraît très sombre au départ, un peu engorgée. Et elle met du temps à dérouler le grand legato qu’on lui connaît. Mais il y a des moments magiques, comme la fin du deuxième lied Stehe still, riche en mystère, voix ronde aux volutes suspendues.

Nina Stemme privilégie le dépouillement. Elle s’engouffre dans les méandres tristanesques de Im Treibhaus, développant des couleurs moirées, avec cette simplicité sans artifice des Suédoises. Le passage du haut medium vers l’aigu n’est pas toujours aisé, mais voilà que dans Im Traüme, elle se laisse aller: ce sont des longues phrases, un legato fondu, mezza voce, et on se laisse émouvoir par la beauté du timbre qui nous a toujours ravi.

Un peu guindée chez Gershwin

L’art de la comédie musicale n’est pas donné à tous. On sent Nina Stemme un peu guindée chez Gershwin (The Lorelei), plus à son affaire dans Surabaya Johnny, de la comédie Happy End de Kurt Weill, chanté ici en allemand. C’est tout autre chose que Lotte Lenya (plus ingénue, faussement désinvolte), mais la Suédoise s’approprie le texte, en accentue la désillusion tragique. On apprécie Ich liebe dich opus 5 No3 de Grieg donné en bis, tout en restant un peu sur notre faim.

La 4e Symphonie de Brahms en seconde partie n’est pas mémorable. Si l’idée de jouer cette œuvre avec un effectif de 40 musiciens se défend (du temps de Brahms, les orchestres étaient plus petits), le son d’ensemble est un peu hétérogène, et l’on sent les musiciens qui cherchent à donner du poids sans y parvenir vraiment. Les cordes paraissent un peu sèches, plus d’une fois imprécises. Les cuivres, eux, sont très bons et les bois prédominent.

Un concert inégal, donc, où l’on aurait préféré entendre Nina Stemme dans d’autres lieder plus en accord avec son répertoire.

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