Ses chansons ne manquaient ni de piment, ni de cocasserie. Pensez donc! Pour transformer en tubes des titres commes Les cornichons, Mirza ou Oh! hé! hein! bon, il fallait une bonne dose d'imagination coquine et ne pas se prendre trop au sérieux. C'est pourtant de manière tragique et violente que Nino Ferrer s'est donné la mort un jour d'été, sa saison préférée. Le chanteur s'est suicidé avec un fusil de chasse jeudi en début d'après-midi près de sa propriété dans le Lot. Son corps a été retrouvé dans un champ de blé qui venait d'être fauché. Signe du destin ou volonté métaphorique de la part d'un poète qui aimait la nature et cette douce et fameuse Maison près de la fontaine?

Célébré, mais désabusé

Drôle, Nino Ferrer, qui allait fêter ses 64 ans samedi, n'en était pas moins désabusé, ne masquant guère son pessimisme. Son dernier disque, sorti en 1993, portait le titre révélateur de La Désabusion. Il s'expliquait alors: «Le monde traverse une crise de civilisation, semblable à la chute de Babylone. Peut-être évoluera-t-on sous peu, pareils à des rats imbriqués dans une BD à la Mœbius ou à la Bilal.» C'est que célébré, copié, chanté par toute une génération dans les années 70, Nino Ferrer vivait discrètement depuis plus de vingt ans. Le Sud, son dernier – et son plus grand succès – date de 1974. Depuis, il a bien sorti quelques albums, mais sans euphorie. C'est donc à la peinture que l'artiste s'est surtout adonné les dernières années de sa vie.

Multi-instrumentiste averti

Agostino Ferrari, issu d'une famille bourgeoise originaire de Milan, a d'ailleurs toujours aimé l'art. Tout jeune, et influencé par le jazz, il joue de la clarinette, de la trompette, du trombone, de la guitare… En 1962, il accompagne Nancy Holloway et sort un premier disque, passé inaperçu. Trois ans plus tard c'est l'explosion avec Mirza et Les cornichons. Suivront les tubes Alexandre, Le Téléphon, Mao et moa, Mamadou mémé. Mais très vite, le show- biz et la dérision de ses chansons le lassent. Il tente alors le «sérieux», avec ce qu'il considère comme son premier album, Métronomie, dans lequel on trouve la petite perle La Maison près de la fontaine. Viendra enfin Le Sud qu'il chante, en tenue baba, accompagné par Radiah Frye, une sublime Noire américaine. Un Sud que l'artiste a aujourd'hui certainement voulu rejoindre puisque:

C'est un endroit qui ressemble à la Louisiane

A l'Italie

Il y a du linge étendu sur la terrasse,

Et c'est joli.

On dirait le Sud

Le temps dure longtemps

Et la vie sûrement

Plus d'un million d'années

Et toujours en été.

Philippa de Roten