Essai

Le niqab? Un problème occidental

Constantin Languille propose un petit livre stimulant, autour du débat français sur la burqa

Le niqab, un problème occidental

Constantin Languille proposeun petit livre stimulant, autour du débat français sur la burqa

Si le voile dit certaines choses sur les cultures où il est en faveur, les réactions qu’il suscite ici en disent au moins autant sur nos valeurs – et sur nos contradictions. C’est cette voie qu’explore méthodiquement Constantin Languille dans un petit livre stimulant consacré au débat français autour de la burqa.

Débat express – il a débouché en à peine plus d’un an sur une loi «interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public» – passionné, on ne peut qu’être interloqué, à distance, par la minceur objective du problème qui l’a motivé. Quelques centaines de femmes au plus, en France, cachent leur visage pour des raisons religieuses, et la nouvelle loi ne leur est appliquée qu’avec retenue par des policiers soucieux d’éviter les ennuis inutiles. Alors, que s’est-il passé?

Le fait de dissimuler son visage, certes, n’est pas anodin. Mais le retrait qu’il exprime sans doute aucun contrevient-il à une valeur positive, qu’on pourrait appeler vivre-ensemble, égalité ou convivialité républicaine? Si on peut être intuitivement tenté de répondre par l’affirmative, la suite de la réflexion s’avère plus malaisée. Car elle débouche vite sur la nature même du pacte démocratique: En quoi consiste-t-il au juste? Dans une protection aussi large que possible des libertés individuelles, chacun demeurant, justement, libre d’en faire l’usage qui lui convient tant qu’il n’empiète pas sur celles d’autrui? Ou faut-il ajouter des principes de fond à ce cadre procédural? Le cas échéant, lesquels? Et surtout, où en trouver la justification quand un devoir de base de l’Etat laïc est justement de maintenir une distance égale avec les croyances des différents groupes de citoyens? S’il s’agit en partie d’interrogations bien françaises, liées à une conception particulière de la nation et de ses rapports avec l’identité et la religion, c’est bien un malaise plus général qui est mis en évidence – mais non résolu, l’ouvrage se concluant sur autant d’interrogations qu’il en a posées au début.

Un malaise qui ne concerne pas l’islam et la question souvent discutée de sa compatibilité avec la démocratie, mais la nature même de cette dernière. Apporte-t-elle vraiment les ressources nécessaires pour permettre la coexistence dans la différence – en d’autres termes, le cosmopolitisme? Ou faut-il plus que la liberté pour vivre bien ensemble, un projet partagé entre semblables?

Constantin Languille, «La possibilité du cosmopolitisme, Burqa, droits de l’homme et vivre-ensemble», Gallimard, 204 p.

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