« [Le Festival de Locarno], cette importante manifestation internationale, se déroule sous le signe de la bonne humeur; on ne saurait s’en étonner, car le beau temps – que seuls quelques orages sans lendemain troublent parfois – est de la partie. Et lorsque le soleil rit aux éclats, à Locarno, les hommes ne peuvent s’empêcher de l’imiter. C’est la première fois qu’un festival international cinématographique a lieu en cette ville, et c’est pourquoi il faut féliciter ses organisateurs d’avoir mis sur pied à la perfection la série de manifestations auxquelles des cinéastes, accourus de l’étranger et de chez nous, prennent part.

Alors que les élégants et confortables cinémas de Locarno présentent des documentaires et des bandes en «vision privée», les vastes et splendides jardins du Grand-Hôtel, chaque soir, servent de décor à la présentation des films les plus importants, œuvres à la représentation desquelles nous aurons le plaisir d’assister à Genève. La «salle» de projection, dont le plafond est le ciel émaillé de constellations, permet à près de 2000 spectateurs de suivre parfaitement la projection des films. Les épais fourrés du parc, les murs de verdures qui, durant les entractes, s’illuminent d’émeraude et de vermeil, empêchent toute lueur de la ville de troubler la vision; ils forment, en même temps, une «boîte acoustique» de premier ordre. Il n’y a vraiment rien à redire à l’installation de ce gigantesque cinéma de plein air.

Six nations ont compris l’intérêt artistique et commercial que leur offraient les organisateurs de ce festival qui, ayant débuté le 24 août, se prolongera jusqu’au 1er septembre. Les producteurs américains ont envoyé six films: Le Chant de Bernadette (Century-Fox), La Femme sans conscience (Paramount), Vénus au bain (Metro-Goldwyn), Les Clés du royaume (Century-Fox), Le Spectacle continue (Columbia), The Dolly Sisters (Century-Fox); nos amis français présentent La Part de l’ombre (film André Paulvé) et La Tentation de Barbizon (film C. D. F.), alors que Londres a envoyé Au Cœur de la nuit ­(Eagle-Lion film). La Suède présente Prélude à la mort (Film Terra) et l’U. R. S. S. Iwan le Terrible (Intorg-Kino Moscou). L’Italie, enfin, projette O Sole mio (Rinascimento-Roma), Biraghin (Minerva Film), La Vita ricomincia (Minerva), Roma città aperta (Minerva). […]

Il convient […] de souligner à quel point le comité d’organisation […] a réussi – il est vrai que le cadre naturel de Locarno et de ses environs a singulièrement facilité sa tâche ardue par sa beauté et son charme inégalables! – à rendre plus agréable le séjour des producteurs, des loueurs de films, des amateurs de cinéma sur les rives suisses du lac Majeur. Que d’attentions délicates, que de prévenances, que de perfection dans l’organisation de la plus simple, de la plus rustique manifestation! […] »