Festival

«Le niveau des jeunes danseurs est de plus en plus élevé»

Le chorégraphe Philippe Saire lance ce mardi une nouvelle formule des Printemps de Sévelin. Il dévoile sa méthode pour détecter les talents de demain

Une tribu de naturistes poursuivis par une méduse géante. C’est peu dire que vous ne voudriez pas être à leur place. Ce mardi à 19h, le vent du diable soufflera au Théâtre Sévelin 36, à Lausanne. Aux commandes de cette nouvelle édition des Printemps de Sévelin, Philippe Saire a souhaité ce choc des tympans en guise d’ouverture. Sur scène, des garçons et des filles en tenue éolienne tenteront d’échapper au monstre imaginé par le chorégraphe italien Pietro Marullo.

Vous ne connaissez pas cet artiste? Normal, c’est l’esprit même de ces trois semaines de festival qui mélange talents identifiés, mais à l’aube de leurs carrières – Pietro Marullo et sa pièce Wreck-List of extinct Species par exemple –, et novices romands pressés de plonger dans le grand bain professionnel. Les Printemps de Sévelin portent leurs fruits, assure le chorégraphe Philippe Saire, qui renouvelle cette année la formule.

Le Temps: Comment choisissez-vous les artistes à l’affiche?

Philippe Saire: La caractéristique commune, c’est leur jeunesse. Dans cette catégorie, je distinguerai des artistes repérés sur le plan européen, à l’image de Pietro Marullo et de Jan Martens, dont nous présenterons la nouvelle création; et de tout jeunes chorégraphes de la région pour qui ces Printemps sont l’occasion d’un premier acte artistique significatif.

Les danseurs sont légion à sortir des écoles en Suisse romande. Comment déceler ceux qui ont une aptitude à la chorégraphie?

Nous avons mis au point à Sévelin un système qui favorise le repérage. A l’automne, des apprentis-chorégraphes ont la possibilité de présenter au public des formes courtes, réunies dans ce que nous appelons les Quarts d’Heure. Dans ce bouquet, deux pièces m’ont semblé très prometteuses. J’ai demandé à leurs auteurs, Sarah Bucher et Victor Poltier d’une part, Simon Crettol d’autre part, de développer leurs premiers jets.

Quelles règles du jeu leur avez-vous fixées?

Je leur ai associé deux professionnels chevronnés chargés de suivre le processus de création. Et je leur ai imposé deux présentations publiques, avant le passage aux Printemps, histoire de les confronter à une assistance et à ses éventuelles questions.

Quel est votre rôle auprès de ces novices?

J’assiste aux présentations en amont du festival, je donne un avis, mais je n’impose rien. Notre rôle d’accompagnateur est d’abord de poser des questions en espérant qu’elles ouvrent des perspectives. Notez encore que Sarah Bucher, Victor Poltier et Simon Crettol ont pu travailler dans nos murs, ce qui n’est pas rien comme soutien.

Qu’avez-vous vu changer au fil des éditions?

Le niveau technique des danseurs est de plus en plus élevé, qu’ils aient été formés en Suisse ou à l’étranger. Les pièces en revanche sont souvent faibles du point de vue dramaturgique. C’est la raison pour laquelle j’ai lancé avec la Société suisse des auteurs un projet de formation «danse et dramaturgie». Cinq chorégraphes de cinq villes différentes bénéficient du savoir-faire d’un auteur. Ils présentent ensuite leurs pièces. La formule est efficace!

Peut-on mesurer les retombées de ces Printemps?

L’exemple le plus éloquent est celui de la danseuse vaudoise Yasmine Hugonnet qui tourne aujourd’hui partout en Europe. Quand elle est revenue en Suisse, elle a participé à l’un de nos Quarts d’Heure. Je lui ai proposé de poursuivre aux Printemps de Sévelin, où elle a signé une pièce qui a été remarquée. Elle a enchaîné, toujours chez nous, avec Le récital des postures, qui lui a permis de prendre son envol. Chro no lo gi cal, son dernier spectacle, a vu le jour au Théâtre de Vidy. Un tel parcours témoigne du rôle de ces Printemps.


Les Printemps de Sévelin, Théâtre Sévelin 36, Lausanne, jusqu’au 31 mars.

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