«Peut-être les Suédois sont-ils eux-mêmes un peu insulaires...» C'est la réponse indirecte, entourée de milles précautions, de Toni Morrison aux attaques feutrées lancées par Horace Engdahl, secrétaire perpétuel de l'Académie Nobel, contre les écrivains américains. Elle figure sur le blog littéraire du Nouvel Observateur qui livre, en marge d'une grande interview politique, les réflexions de la lauréate du Nobel 1993, dernier écrivain américain à avoir trouvé grâce aux yeux du jury suédois.

Horace Engdahl avait en effet estimé, devant la presse, justifiant peut-être par avance le choix de Jean-Marie Gustave Le Clézio, que les Américains étaient «trop étriqués, trop isolés». Il avait jugé également qu'«ils ne traduisent pas assez et ne participent pas au grand dialogue de la littérature». Aux Etats-Unis, l'indignation contre le secrétaire du Nobel avait été vive (LT du 10.10.08).

La désignation d'un écrivain francophone, peu connu aux Etats-Unis n'a pas apaisé les fureurs américaines. «Je n'ai lu aucun de ses livres», lançait provocateur David L. Ulin du Los Angeles Times, repris par Courrier International: «Comment défendre l'idée que Le Clézio est un représentant de ce que la littérature a de mieux à offrir, quand si peu de gens connaissent son œuvre?», s'interrogeait-il à l'instar d'autres confrères américains, tandis qu'une part de la presse anglaise, The Independent oulaBBCsaluaient le choix des Nobel.

Même réaction en Autriche où sur la base d'un seul livre, Die Presse jugeait que Le Clézio était «un écrivain appliqué, dont le principal signe distinctif est justement de ne pas se distinguer en dehors de Paris». A noter que Paris n'a pas unanimement accueilli avec joie le choix des Suédois. Il s'est fait critiquer dans une tribune du Monde et Les Inrockuptibles lui auraient préféré Patrick Modiano, «bien meilleur écrivain».

Toni Morrison a également avoué son ignorance à propos du Nobel 2008, mais n'a affiché aucun mépris. Au contraire, elle rejoint sur un point Horace Engdahl en disant que «nos éditeurs américains, quelle que soit l'importance des auteurs étrangers, n'achètent pas les droits de leurs œuvres. Ainsi, je ne savais même pas qui était cet homme.»

«Il se pourrait qu'il y ait un peu de narcissisme de la part des Américains, mais les talents ne manquent pas», ajoute-t-elle, estimant notamment que Philip Roth aurait dû avoir ce prix depuis «longtemps», de même que le dramaturge Edward Albee.

Que les Nobel fassent des mécontents et des déçus ne date pas d'hier. En 1989, Kerstin Ekmanun membre de l'Académie Nobel avait carrément claqué la porte, car ses collègues avaient refusé de choisir Salman Rushdie sous le coup d'une fatwa.

• Le parlement français a décidé, hier, d'exonérer d'impôt les primes versées aux trois lauréats français du Prix Nobel ainsi qu'aux médaillés olympiques de Pékin.