Il fait partie du paysage de la chanson depuis un quart de siècle déjà. Autant dire un bail. Et pourtant, Romain Didier n'a pas souvent connu la gloire médiatique, ni des honneurs à la mesure d'un talent aussi immense que caméléon dans ses concrétisations musicales. Même les salles de spectacle que l'auteur, compositeur et chanteur fréquente ont des allures modestes, des dimensions complices. En témoigne encore ce nouveau rendez-vous que Romain Didier prend avec la Suisse romande pour dévoiler son nouvel album Chapitre Neuf. De la salle du Centre réformé de Delémont au Café-Théâtre L'Esprit Frappeur de Lutry, c'est l'intimisme qui prévaut comme écrin à cette voix discrète toujours charmeuse.

La page chantée que l'humble auteur vient tourner sous nos cieux, il la doit toutefois à son acoquinement avec le parolier Pascal Mathieu. Serviteur plusieurs fois par le passé des mots des autres, ceux millimétrés de Gilbert Lafaille par exemple, Romain Didier n'en demeure pas moins fidèle à un répertoire doux-amer. Où prime sens et élégance.

Malgré une infidélité à Pascal Mathieu, sur Chapitre Neuf, avec son ami d'une vie Allain Leprest qui signe le très beau «Où vont les chevaux quand ils dorment», l'interprète français né Romain Petit à Rome fredonne des airs mornes avec la légèreté et l'insouciance parfois d'un filou. De mornes constats («Derrière ma Remington») en regards courtois-narquois («Dès le redoux»), des ravages de la maladie (poignant et malin «Elsa Heimer») aux amours meurtries («J'existe Angèle»), des saisons («Les libellules») au temps des vacances observé ironiquement («Le temps des tongs»), Romain Didier se glisse brillamment dans les finesses et nuances des textes. Son timbre rappelant même par endroits celui de Gainsbourg sur les césures de rimes et contretemps rythmiques sur «Le camping des tongs»: «Des mecs au goût de mangue sortis droit de la jongle/ Embrassent avec la langue de jeunes filles oblongues, longues, longues...».

Ces mots sur mesure, cette poésie choisie qu'il a lui-même mis en musique, l'artisan Didier y a accolé des atmosphères aux précieux clairs-obscurs: acoustiques essentiellement avec une kyrielle de fulgurances mélancolico-mélodiques. Au cœur desquelles batifolent aussi bien une contrebasse jazz que des airs valsés, des percussions caressées que, soudain, les ronrons d'une basse électrique. De la part de l'ancien orchestrateur de Francis Lemarque ou Pierre Perret qui a démarré comme pianiste de bar avant d'investir bien plus tard les répertoires de Kent et Enzo Enzo, on en n'attendait pas moins. Sobriété, noblesse et élégance.

Romain Didier en tournée: salle du Centre réformé, Delémont. Ma 24 à 20h30 (http://www.letempsdescerises.ch). L'Esprit Frappeur, rte du Grand-Pont 20, Lutry. Du me 25 au ve 27 janvier à 20h30, di 29 à 17h (Loc.: 021/793 12 01 et http://www.espritfrappeur.ch).

Chapitre Neuf (Tacet/Willy Lugeon).