Majdal Shams est un gros village de Galilée, niché dans les contreforts du Mont Hermon. Ses habitants sont des Druzes syriens mais le village est occupé par Israël depuis bientôt quatre décennies. Souvent, c'est de l'autre côté de la frontière, en Syrie même, que les jeunes filles ou jeunes gens du village rêvent de leur fiancé(e) qu'ils n'ont jamais vu(e). Leurs mariages, organisés par la Croix-Rouge internationale sous haute supervision israélienne, se déroulent à l'ombre des miradors, dans une zone tampon démilitarisée. Ces noces sont parmi les plus étranges et les plus tristes de toute la planète.

Film retenu et sincère

Le réalisateur israélien Eran Riklis est «tombé amoureux de cette histoire». Après avoir passé beaucoup de temps en territoire druze, il en a fait un film (La Fiancée syrienne, actuellement en salles), sobre et réaliste, retenu et sincère. Le plus curieux? L'accueil triomphal qu'a reçu ce film en Israël, au sein d'une population pourtant peu préoccupée par le sort de ces druzes des montagnes et malgré sa narration un peu convenue. «C'est difficile de ne pas s'identifier avec les émotions qui le parcourent», explique le réalisateur, de passage à Genève. Davantage qu'un film politique, il dit surtout le poids des traditions, les contraintes de l'histoire, la complexité des sentiments. «Modestement, poursuit le réalisateur, je crois qu'il laisse quelque chose en vous.» Plus que par la belle fiancée (Clara Khoury) attendant de rejoindre un promis qu'elle n'a vu qu'en photo, le film est porté par celle qui interprète sa sœur aînée, la Française d'origine palestinienne Hiam Abbas. Entre Druzes et Israéliens, entre vieille et jeune génération, elle est le trait d'union qui rend l'histoire acceptable de part et d'autre. Mieux: «En Israël, les gens m'abordaient dans la rue, moi l'Arabe, pour me remercier d'avoir joué ce rôle», sourit l'actrice. En Israël, de nos jours, ce genre de gestes n'est pas si courant.

Pour le réalisateur, cela ne fait pas l'ombre d'un doute: ces villages druzes, tôt ou tard, rejoindront à nouveau la Syrie. Mais en creux, son film montre aussi que cela ne sera pas une mince affaire, tant ils ont évolué à leur propre rythme. D'ici là, des deux côtés de la frontière, fiancés et fiancées continueront de se lancer des mots d'amour à travers la «colline des cris», cette «shouting hill» qui seule permet de survoler les barbelés.