Cinéma

Noémie Schmidt: «C'est excitant de mêler le réel à la fiction»

Quatre ans et trois millions de vues sur Facebook plus tard, le film collaboratif «Paris est une fête» continue son avance vers sa postproduction grâce au financement participatif. Porté par son actrice principale, la Valaisanne Noémie Schmidt, il pourrait sortir en salle à la rentrée

Depuis le début de l’année, les regards sont tournés vers Noémie Schmidt, visage du film collaboratif Paris est une fête. La Sédunoise est l’actrice principale de ce long-métrage imaginé par une joyeuse bande passionnée de cinéma. Partie de rien, l’équipe est en passe de prouver qu’il est possible de produire un film sans moyens. Après une campagne de financement participatif pour couvrir les frais de postproduction et une somme récoltée de 90 000 euros, leur objectif est simple: pouvoir projeter leur bébé en salle.

Avec son titre emprunté à Ernest Hemingway, Paris est une fête s’ouvre logiquement sur une fête, dans laquelle une jeune femme rencontre un garçon. Tandis qu’elle doit le rejoindre à Barcelone, elle oublie son passeport. L’avion décolle sans elle et s’écrase. Ayant échappé à la mort, elle retrouve un Paris différent, angoissant. Filmé uniquement dans les rues de la capitale française, le film réalisé par la jeune Elisabeth Vogler se nourrit des ambiances des différentes manifestations et autres mouvements sociaux comme «Nuit debout» ou l’après-attentat du Bataclan.

Etoile montante du cinéma français

Depuis ses débuts sur le devant de la scène, Noémie Schmidt passe d’un style de fiction à l’autre avec une facilité déconcertante, confirmant son statut d’étoile montante du cinéma français. Ses derniers tournages en date, diamétralement opposés, l’illustrent bien. D’un côté, une comédie suisse alémanique mettant en scène un juif amoureux d’une goy, de l’autre, une série policière produite par France 2 aux côtés de Béatrice Dalle. Entre deux trains pour rejoindre son Valais natal le temps d’un week-end, la jeune femme de 27 ans nous parle de Paris est une fête, projet qui l’accompagne depuis presque quatre ans.

Le Temps: Comment en êtes-vous arrivés à tourner trois ans durant dans les rues de Paris?

Noémie Schmidt: Tout est parti d’un ami qui voulait essayer sa nouvelle caméra, c’était la Fête de la musique en 2014. Nous autres jouions et improvisions devant la caméra. Les images rendaient bien. Et derrière, c’était beau, il y avait du monde. Retranscrire cette ambiance a créé un truc particulier à l’image. Aujourd’hui, les gens se fichent des caméras, c’est devenu très commun de se filmer dans la rue. On a continué à tourner et à inventer une histoire malgré nous. On a poursuivi la trame et affiné le scénario. L’équipe d’une dizaine de personnes s’est agrandie jusqu’à une quarantaine. Nous n’avions pas de budget. Nous avons fonctionné au système D. Certains se sont formés sur le tas à la production. Notre chef de la communication est anthropologue de profession.

L’industrie du cinéma français n’a pas intérêt à ce que notre film marche, car cela prouverait qu’il est possible de faire des films moins chers

Pourquoi y avoir participé?

On avait une totale liberté d’expérimenter mais aussi de se tromper, de sortir d’un cadre, c’est pour cela que je l’ai fait. C’était super excitant d’utiliser ce qui se passait autour de soi et mêler le réel à la fiction. Il y a eu des moments violents dans certaines manifestations. On s’est confronté à la réalité. C’est le tournage le plus intéressant auquel j’ai pris part. Aujourd’hui, on est motivé à travailler sur un nouveau film. Je l’ai fait parallèlement à mes autres projets. Nous étions tous bénévoles. Les seules difficultés qui se sont posées étaient de faire confiance à l’équipe de réalisation et surtout de continuer à croire au projet quand tout le monde, à part nous, n’en avait rien à faire.

Vous mettez un grand coup de pied dans la fourmilière de l’industrie du film avec ce projet, vous en avez conscience?

Nous ne sommes pas les premiers, ce serait assez prétentieux de se l’attribuer. Mais si cela peut contribuer à révolutionner le système de production et permettre à des films moins chers d’aboutir, alors tant mieux. Mais tout ne va pas changer immédiatement. Le problème aujourd’hui, c’est qu’aucune boîte de production n’accepte une idée de film sans scénario. Nous, nous n’en avions pas. Pourquoi est-ce qu’on ne pourrait pas, à l’avenir, leur présenter une collection d’images? Un autre pan problématique est le budget. Grâce au crowdfunding, nous pouvons nous attaquer à la postproduction, mais en réalité il nous manque encore de l’argent. Pour sortir un film en salle, il faut que celui-ci reçoive l’agrément du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC). Comme le CNC protège les acteurs, pour recevoir l’agrément, nous allons devoir rétribuer rétroactivement les participants. L’industrie du cinéma français n’a pas intérêt à ce que notre film marche, car cela prouverait qu’il est possible de faire des films moins chers.

Quelles sont justement les dernières étapes pour une sortie en salle?

Il va falloir terminer le montage, mixer le son, il y a l’étalonnage des images, les effets spéciaux et la postsynchronisation – le fait de refaire des dialogues en studio quand le son n’était pas bon en tournage. Nous allons tout entreprendre pour ne pas perdre en authenticité en rejouant ces dialogues et rester le plus naturel possible.

Votre trailer a atteint 3,7 millions de vues sur Facebook. Comment expliquer ce succès?

On ne s’attendait pas à cela. Pourquoi ça a marché? Peut-être que les gens ont aimé notre démarche, profondément sincère. On a eu de la chance d’attirer la bonne étoile, car d’autres équipes mènent des projets tout à fait similaires. Nous avons reçu des tas de messages d’encouragement. On a eu une grosse pression, mais on se la joue à la cool. Il est plus important de produire un bon film plutôt que de s’attarder sur l’attention qu’on nous accorde. Nous sommes en plein montage, mais je suis déjà très satisfaite du résultat. Par contre, le film est clivant et ne plaira pas à tout le monde, mais je ne peux pas en dire davantage.

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