Portrait

Noémie Schmidt, une Valaisanne à la cour du Roi Soleil

A 24 ans, la comédienne romande vit une année faste. Après avoir partagé l'affiche avec Claude Brasseur dans «L'étudiante et Monsieur Henri», elle est Henriette d'Angleterre dans «Versailles», une série produite par Canal Plus

On pourrait commencer par écrire que Noémie Schmidt a un sourire lumineux et un rire solaire, ce qui tombe bien pour une comédienne qui incarne la maîtresse de Louis XIV, Henriette d’Angleterre, dite Madame, épouse de Philippe d’Orléans. Mais ça ferait un peu cliché. Si ce n’est que Noémie Schmidt, à l’affiche de la série historique «Versailles», diffusée dès lundi prochain 16 novembre par Canal Plus, a bien un sourire lumineux et un rire solaire.

Autre cliché, mais là encore l’image est parlante, Noémie Schmidt vit un véritable conte de fée, alors que rien ne la prédestinait à devenir comédienne. «Ce n’était pas mon rêve, confie avec franchise la jeune femme. J’aimais jouer, mais je n’ai jamais imaginé en faire mon métier.» Née à Sion, la Valaisanne a connu une épiphanie le jour où, à l’école, elle a participé à un exercice d’improvisation théâtrale. Elle avait une douzaine d’années et, soudainement, les autres élèves n’étaient plus des camarades de classe, mais des partenaires de jeu. «J’ai trouvé génial de pouvoir être quelqu’un d’autre», dit-elle avec dans les yeux cette lueur qui ne trompe pas. On a rencontré bien des actrices débutantes, dont la future Amélie Poulain, n’ayant pas grand chose à dire sur leur métier et leurs premiers rôles. Noémie Schmidt, elle, passe d’une idée à l’autre avec aisance, place des «hyper» devant la plupart des adjectifs, et n’a pas peur de parler franchement de sa découverte du métier. Comme le fait de devoir «être à poil, quelque chose qu’on ne peut ni maîtriser ni apprendre».

Face à son enthousiasme, ses parents acceptent de l’inscrire à des cours de théâtre. Mais alors que ses copines tapissent leur chambre de posters de stars du cinéma, Noémie Schmidt ne rêve pas de 7e art, même si elle confesse avoir eu de «grosses émotions» face à des des films comme «Le cercle des poètes disparus» ou «Forrest Gump», puis «Amadeus» et surtout «Hair», de Milos Forman, un classique des années hippies qui lui a donné envie de traverser les Etats-Unis de New York à San Francisco. Ce qu’elle a fait en s’offrant une année sabbatique à la fin de ses études secondaires. «Cela m’a permis de rencontrer des gens très roots, j’ai même habité quelque temps avec de vrais hippies. Les Américains ont une autre manière de voir les choses. Quand je leur disais que j’aimais faire du théâtre, mais que je pensais m’inscrire à l’université parce que c’est plus sécurisant, ils me disaient tous de croire en mes rêves, de faire ce que je voulais vraiment.» Sans se voir déjà en haut de l’affiche, elle décide de s’inscrire dans une école d’arts dramatiques. Elle postule à Paris et Bruxelles, et c’est finalement dans la capitale belge qu’elle s’installe, soutenue par des parents qui lui font confiance. Mais eux non plus ne s’attendaient pas à ce qui lui arrive aujourd’hui.

Un parcours qui donne le tournis

Car depuis trois ans, tout va très vite. On sent chez Noémie Schmidt, lorsqu’elle évoque son parcours, un certain tournis, voir même un vertige. Est-ce que j’ai fait le bon choix? Pourquoi avoir accepté tel projet alors qu’un autre plus intéressant pourrait surgir? Ces questions, elle se les pose, et c’est bien normal. C’est à la faveur d’un court métrage tourné à la fin de son cursus bruxellois, «Coda», qu’elle se fait connaître, lorsqu’elle reçoit le Prix d’interprétation féminine au Festival premiers plans d’Angers. Forte de ce succès, elle tente sa chance en allant frapper à la porte d’un agent parisien, qui à sa grande surprise accepte de la représenter. Elle court depuis les castings, et débute dans deux téléfilms produits par France Télévisions, «Le dernier été» et «Toi que j’aimais tant». A son grand regret, elle rate le rôle d’une chanteuse lyrique dans «Marguerite», de Xavier Giannoli, avec Catherine Frot, mais comme le hasard fait bien les choses, elle est engagée dans la foulée pour «Versailles», la plus grosse production de l’histoire de la télévision française. Enfant, émerveillée devant la série des «Sissi», elle s’imaginait en princesse en visitant les châteaux de la Loire. Pour les besoins des dix épisodes que compte la première saison de ce feuilleton tourné en anglais, la voici en costume d’époque face au Roi Soleil, dont son personnage va devenir la maîtresse en même temps que la belle-sœur. «Mon métier est quand même génial», se dit-elle en mangeant des macarons lors d’une séquence de banquet tournée dans les jardins du château des Sceaux, qui a appartenu à Colbert.

«J’avais passé un casting pour un autre rôle, et je n’avais pas été retenue, se rappelle la Valaisanne. Mais ils se sont souvenus de moi et, un jour, alors que je faisais du camping près de Vaison-la-Romaine, ils m’ont rappelée en me demandant de venir le lendemain à Paris. J’ai pris le train et, grosse surprise, je me suis retrouvée face au showrunner, au réalisateur Jalil Lespert et à George Blagden, qui joue Louis XIV, et que j’avais vu dans la série «Vikings». C’était hyper impressionnant, mais le stress a fait sortir des choses de l’ordre de la sensibilité, de la perte de contrôle, qui leur ont plu.» Restait encore à parfaire son anglais et à prendre l’accent british, ce qu’elle fait en travaillant de manière intensive avec une coach, tout en se documentant sur l’histoire de France, et notamment le rapport de Louis XIV aux femmes. Et la jeune fille de nous résumer en quelques minutes le destin tragique d’Henriette, et de son rôle à la cour, avec une passion qui manque à plus d’un historien.

Après six mois de tournage, les dix épisodes de «Versailles», dirigés par quatre réalisateurs différents, sont mis en boîte en février dernier. Noémie Schmidt enchaîne alors avec «L’étudiante et Monsieur Henri», une adaptation par Ivan Calbérac de sa propre pièce de théâtre. Face à Claude Brasseur en vieil homme bougon, elle campe une jeune fille un peu perdue. Sorti récemment, le film lui a valu des portraits élogieux dans la presse française, certains chroniqueurs lui promettant déjà un César du meilleur espoir. Mais la Romande n’y pense pas, elle estime même qu’être primée serait une mauvaise chose vu la pression que cela engendre. Elle avoue tout de même avoir répété dans son bain, pour voir, un discours de remerciements.

Tout terrain

En ce moment, Noémie Schmidt joue la fille de Dany Boon dans un film de Fred Cavayé, «Radin», annoncé pour 2016. Elle trouve l’expérience enrichissante, mais ne souhaite pas se faire un nom dans le registre de la comédie populaire. Elle préférerait être contactée par ses compatriotes Ursula Meier et Frédéric Mermoud. Dans le cadre du Festival Tous Ecrans, à Genève, elle présente samedi 14 novembre «For This My Body», réalisé par Paule Muret, une autre Valaisanne montée à Paris. Elle y fait une apparition face à Audrey Bastien et au rockeur anglais Carl Barât, des Libertines.

«Merci de ne pas m’avoir demandé si j’aime le fendant et si je reviens souvent à Sion», glisse-t-elle au moment de prendre congé. Tiens, on n’y avait même pas pensé. Par contre, on se réjouit de la revoir dans une année ou deux. Car sa carrière sera belle, cela ne fait aucun doute. Rares sont les comédiennes pouvant passer avec autant d’aisance du cinéma d’auteur à des films plus grand public. Et ça, ce n’est pas un cliché.

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