Genre: Essai
Qui ? Alexandre Adler
Titre: Le Peuple-monde.Destins d’Israël
Chez qui ? Albin Michel, 201 p.

C’est l’ouvrage d’un intellectuel parisien devenu sioniste et angoissé qui part d’un constat: Israël est aujourd’hui en réel danger. Un danger aux multiples visages. Celui de l’Iran bientôt armé du feu nucléaire, celui de voisins dont l’hostilité ne devrait que se renforcer sous l’effet des Printemps arabes, celui d’un isolement international grandissant. Celui enfin – surtout – d’une société israélienne qui se déchire.

Avec Le Peuple-monde, Alexandre Adler livre le récit très personnel de la destinée du peuple juif depuis ses origines. Dans cette grande fresque du judaïsme, aux accents parfois prophétiques, il est beaucoup question de religion et d’unité, de révolution et de génie, de drames et de destructions. L’auteur, d’une magnifique plume, termine son plaidoyer par un appel à construire la Paix de Dieu. «Alors, et alors seulement, nous pourrons penser au Troisième Temple – car nous ne l’édifierons pas seuls, pas contre le vaste monde, mais avec lui.»

L’impressionnante érudition d’Alexandre Adler nous mène sur des chemins parfois mal débroussaillés. Notre sentiment de confusion n’est alors peut-être que le juste reflet d’un homme lui-même en quête d’identité nouvelle, complexe, qui mélange la grandeur d’esprit aux petits règlements de comptes.

C’est d’abord l’histoire d’un homme d’origine allemande et russe né en France qui prend peu à peu conscience de l’importance de sa judéité. «On naît, on devient juif bien avant de comprendre quoi que ce soit au judaïsme. Cette remarque, évidente dans mon cas, comme dans celui de tous les enfants de juifs émancipés de ma génération, celle de l’après-guerre, vaut aussi pour ceux qui ont eu le privilège de bénéficier d’une éducation plus formelle.»

Il se découvre alors un destin unique: «L’existence juive est balisée par une certitude, celle d’appartenir à une famille, à un clan, à une sorte de nation, en tout cas différente dans cette acception, comme le faisait déjà remarquer Raymond Aron, de toutes les autres.» Cette appartenance a ses exigences ou ses limites: «Notre histoire nous apprend ce que nous savions déjà: on ne quitte pas le judaïsme, quand bien même on s’y forcerait. Quitter le judaïsme, même sur la pointe des pieds, n’a jamais été un choix historique, sauf à l’échelle de quelques individualités.»

Nulle part, à vrai dire, il ne donne de définition de l’être juif, du judaïsme. Il se contente (page 73) de préciser: «C’est en ce sens que la judéité – l’appartenance – demeure au-delà de tout débat et de tout endoctrinement. Le judaïsme n’est pas une secte! On n’y subit pas d’examen de passage. Le plus ignorant des juifs a droit à la même miséricorde désolée et compréhensive de l’Eternel que le plus érudit des rabbins ou des Prix Nobel.»

Venons-en au cœur du propos, polémique, qui part d’un «agacement» envers ce que l’auteur appelle les «nouvelles vagues d’imprécateurs professionnels en Israël». On compte au nombre de ceux-ci des écrivains comme Amos Oz, David Grossman ou A. B. Yehoshua aux côtés de «petits procureurs sans talent au souffle court». On comprend qu’il vise ici les intellectuels de gauche, les nouveaux historiens, les journalistes critiques d’Israël (Alexandre Adler qualifie Shlomo Sand de traître révisionniste lorsqu’on l’interroge à ce propos).

Cet «antisionisme israélien» l’agace d’autant plus qu’il l’avait, au temps de sa jeunesse, partagé avant de s’en défaire. Ainsi condamne-t-il ce qu’il appelle le «grand retournement» de l’historien Zeev Sternhell (lauréat en 2008 du Prix Israël pour ses travaux politiques). Ainsi ne partage-t-il pas l’appel au «boycott raisonné» d’Israël de Stéphane Hessel, même si, dans ce cas particulier, il dit le comprendre.

Pour Alexandre Adler, il va de soi qu’Israël est, a toujours été, un Etat juif. Il déplore toutefois la boîte de Pandore ouverte par Benyamin Netanyahou avec ce débat «mal venu» sur la nécessité de la reconnaissance d’un Etat juif. Mais sa conviction est faite: le moment est venu pour lui, pour la diaspora, d’afficher sa solidarité, «de défendre activement un Israël, non plus triomphant, mais déchiré».