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«Le nom de la rose», un nouveau palimpseste

OCS, via Teleclub en Suisse, dévoile ce mardi soir la très attendue nouvelle adaptation italienne du roman d’Umberto Eco, avec John Turturro dans le rôle naguère tenu par Sean Connery. Une entreprise convaincante, même si elle manque un peu de caractère

La première discussion que va susciter Le nom de la rose, la série dévoilée ce mardi soir par OCS (sur Teleclub en Suisse), portera sans conteste sur le choix de l’acteur central. John Turturro pour incarner Guillaume de Baskerville (Sean Connery dans le film de Jean-Jacques Annaud), c’est une option originale, voire déconcertante.

L’acteur spécialisé dans le registre sombre ou dans les grimaces chez les Coen, pour porter le grave de De Baskerville, ancien inquisiteur, franciscain pris dans la tourmente de la querelle entre l’Eglise et les ordres, philosophe impénitent, et Sherlock Holmes cinq siècles avant l’heure, cela peut troubler. Et à voir les débuts de cette mini-série en huit chapitres – non sept, comme les jours du roman –, on commence par douter, puis on se laisse peu à peu convaincre par l’ancien champion de boules de The Big Lebowski – lequel s’était déjà transcendé à travers The Night Of, il y a trois ans.

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Turturro-Connery, deux corps et regards pour un personnage

John Turturro n’a pas le glamour et l’énergie galvanisante d’un Sean Connery néo-bondien. Il apporte au contraire une fragilité inquiète qui enrichit le personnage.

Par rapport au roman d’Umberto Eco, texte qui aura 40 ans l’année prochaine, disons que Sean Connery correspond mieux à l’apparence générale de De Baskerville; John Turturro lui fournit la dimension de la pensée et du toute, alors même que les auteurs de la série, comme ceux du film de 1986, n’ont pas inséré certains des longs dialogues théologico-philosophiques qui sont l’un des charmes du roman.

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Retour en Italie pour cette histoire

Les Italiens reprennent donc la main sur Le nom de la rose, même si cette série Rai, avec Tele Munchen, est aussi internationale que le long métrage de Jean-Jacques Annaud. Cette fois, les auteurs, dirigé par Giacomo Battiato qui réalise également, sont du pays.

Ils commencent par faire preuve d’un peu plus de pédagogie que le grand Eco; le début de la série pose de manière plus directe, et plus claire, le contexte.

Le résumé

1327, nord de l’Italie. Une partie de l’Europe est déchirée par la querelle, qui devient guerre, entre l’empereur du Saint Empire Louis IV et le pape français Jean XXII, qui siégera en Avignon – et qui est lui-même vu comme un antéchrist par nombre de croyants, comme le signale Umberto Eco – et qu’incarne, dans la série, un Tcheky Kario en grande forme sous ses oripeaux papaux tout en sobriété.

Auréolé par le prestige de sa charge de juge inquisiteur, Guillaume de Baskerville doit tenter une conciliation, sous forme d’une confrontation verbale qui pourrait se dérouler dans l’abbaye où il arrive, avec son novice Adso, le narrateur. Un crime a été commis dans l’enceinte sacrée. Maître en observation puis déduction, de Baskerville va enquêter.

On va comparer en série

Le petit jeu des comparaisons entre les trois Noms, désormais (roman, film, série), occupera les fans assidus du puissant polar historique d’Umberto Eco – et ils sont nombreux. Dans la distribution, une autre surprise, fort positive d’emblée cette fois, est dans l’acteur retenu pour Messer l’abbé; on retrouve le regard globuleux et tendu de Michael Emerson (Lost, Person of Interest) – là, il y a un grand contraste avec le film d’Annaud, où l’abbé rampait.

Parmi les premiers points de détail, les fidèles de l’abbaye relèveront une curieuse, et contestable, vision du scriptorium, montré comme une sorte de local désordonné mal éclairé par de grosses torches, alors que Adso décrivait une cathédrale du savoir, inondée de lumière, même aux vêpres, grâce aux 40 carreaux du toit vitré.

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Une imagerie médiévale toujours à la mode

Ce nouveau Nom de la rose représente une entreprise plutôt convaincante, même si elle manque un peu de caractère. Sur le plan de l’imagerie, l’équipe de réalisation ne lésine pas sur les moyens pour donner toute ampleur aux paysages et à l’abbaye, bien plus vaste et aux volumes bien plus espacés que son modèle, la Sacra di San Michele. Non loin de Turin. Ces références visuelles médiévales s’alignent sur la vulgate du moment, des séries historiques à Game of Thrones. La musique du générique, d’ailleurs, évoque un peu celle de Ramin Djawadi, en moins ample.

Reste qu’avec son attention au cadre historique et ses choix originaux pour les acteurs, cette aventure offre une honorable nouvelle couche au manuscrit re-raconté d’Umberto Eco.

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