Livres

Nomades, sur les quais de Morges

Le Livre sur les quais démarre le 31 août. Avec Alain Mabanckou, Elisa Shua Dusapin, Matthieu Mégevand, Yves Bichet, ou encore Serge Joncour. Vive la rentrée!

Stylos, cahiers, nouveau sac et beaucoup, beaucoup de livres: c’est la rentrée! Les Romands, ces grands lecteurs, le savent, la rentrée littéraire rime, depuis bientôt dix ans, avec une ville du bord du lac, Morges, et son festival du Livre sur les quais, qui se tient cette année du 31 août au 2 septembre. Les pages qui suivent font la part belle aux auteurs invités: Matthieu Mégevand, Yves Bichet, Serge Joncour. Parmi eux aussi, Alain Mabanckou, l’auteur de Verre cassé et de Mémoires de Porc-épic, qui publie ces jours-ci au Seuil Les cigognes sont immortelles. Et Elisa Shua Dusapin, qui signe son deuxième roman chez Zoé, Les billes du pachinko.


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Elisa Shua Dusapin, écrire sur la ligne de faille des identités
Serge Joncour à l’école des fauves 
Les belles vies frénétiques de Matthieu Mégevand


Bien sûr, chacun de ces deux auteurs, le confirmé et la débutante, a sa voix, son monde. Mais ils se croisent aussi par de nombreux fils. Et les rassembler dit beaucoup à la fois sur la force de la fiction et sur l’importance de se rendre à un festival littéraire et d’y flâner. Alain Mabanckou emmène le lecteur au Congo-Brazzaville, à Pointe-Noire, sa ville natale. Très précisément les 19, 20 et 21 mars 1977, soit les trois jours qui ont suivi l’assassinat de Marien NiGouabi, président du pays. Alain Mabanckou renoue avec la veine autobiographique et son petit narrateur, Michel, c’est lui.

Depuis cette toute petite focale, une famille moyenne de Pointe-Noire dans les années 1970, à partir des yeux d’un garçon de 11 ans, Alain Mabanckou convoque l’histoire politique sanglante des années coloniales et post-coloniales. Mais il entraîne aussi le couple Ceaușescu, Georges Pompidou, Fidel Castro, qui tous ont écouté les élèves du collège de Pointe-Noire entonner le chant soviétique Les cigognes sont immortelles. Le monde est venu à Pointe-Noire. Pointe-Noire, c’est le monde.

Alain Mabanckou n’y vit plus, il est même interdit de séjour au Congo-Brazzaville depuis qu’il a contesté la victoire de Denis Sassou Nguesso à la dernière élection présidentielle. Il a commencé à écrire en France, il vit aujourd’hui en Californie, où il enseigne les littératures africaines francophones. Il écrit depuis la somme de ces exils, dans une langue française riche de ces déplacements, une langue nomade.

Elisa Shua Dusapin, aussi, écrit dans le creuset des vies qui se déplacent, au gré des frontières qui se dressent, ces vies qui s’installent, tant bien que mal, dans un ailleurs qui ne devient jamais vraiment un chez-soi. Petite-fille d’un couple de Coréens du Japon, arrivés plus tard en Suisse, elle a entendu dans leurs silences le poids de ce passé (lire la rencontre). Elisa Shua Dusapin a grandi à Porrentruy avec le monde à la maison. Et la littérature comme horizon. Ce territoire qui permet la rencontre entre les mondes, entre les êtres. Sans frontières. Comme un festival au bord de l’eau.


Livres sur les quais, Morges, du 31 août au 2 septembre. www.lelivresurlesquais.ch

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