C’est donc entendu, les Islandais ont le crime sanguin. Dénichées dans deux séries policières, pourtant bien différentes, ces répliques le confirment: «Les criminels islandais ne pensent jamais plus avant. Ils sont maladroits. Les crimes sont commis dans l’urgence du moment». Ce constat est dressé dans Svartir Englar («Les anges noirs», 2008), qui démarre avec l’étrange défenestration d’un solitaire pas si retiré que cela. «Ce ne sont pas des crimes islandais typiques. Ils ont été minutieusement préparés»; ainsi parle un enquêteur de Mannaveiðar (Mannaveidar, «La chasse à l’homme», 2008).

Au festival genevois Cinémas Tous écrans, on débat ce samedi de séries policières (Uptown Geneva, 15h30). Sans doute le genre universel de la création TV, plus que la sitcom ou le feuilleton sentimental. Et là, l’Islande, avec des moyens réduits, s’en sort bien. Ces deux créations récentes, visibles en DVD avec sous-titres anglais, le prouvent. Svartir Englar souffre d’une faiblesse de facture, trop lisse et limpide, mais ne manque pas de détours scénaristiques. Mini-série, Mannaveiðar offre une enquête classique, posée avec élégance. Un chasseur du dimanche, au demeurant banquier influent, se fait assassiner sur la sombre lande islandaise. Puis un autre amateur d’oies tombe sous les balles. Mises à mort froides, et difficile collaboration des deux investigateurs principaux, l’ascète meurtri et le boulimique. La série joue à merveille des contrastes: les somptueux paysages de l’île volcanique face aux quartiers étendus de Reykjavik, tapis urbain déroulé sur la terre des extrêmes. Sur l’île, on bafouille peut-être dans le crime – ce que vont bien sûr démentir les deux séries. Admettons que l’assassinat n’y relève pas des beaux-arts, comme le postulent les auteurs. La fiction TV, elle, y a ses talents.