Novembre 1998

Entrée en scène de Jacques Ayrault, directeur technique. Dans les sous-sols du Grand Théâtre, le metteur en scène et le scénographe de Norma rencontrent l'équipe technique et la direction de l'opéra genevois. C'est la «présentation de maquette», début du chemin qui mène à la concrétisation d'un spectacle programmé plusieurs années à l'avance.

Des choix des matériaux au dernier coup de pinceau, en passant par la sécurité, Jacques Ayrault contrôle tout. Il est là pour vérifier la faisabilité des projets du décorateur et du metteur en scène. «Les changements de direction pris par les artistes posent certains problèmes qu'il faut résoudre. Il s'agit d'abord d'un souci budgétaire, ensuite de faisabilité technique.» Norma est montée en coproduction avec Barcelone. Ses décors sont conçus pour la petite scène du Théâtre Victoria. Il faudra donc les agrandir et les adapter à la taille de la scène genevoise.

Printemps 1999

Un soleil d'après-midi filtre à travers les vitres géantes et opalisées d'une salle de 15 mètres de haut. Nous sommes dans les ateliers du Grand Théâtre, où tous les décors sont construits. Le maître des lieux, Michel Chapatte, semble stimulé par une intense pression. «Nous sommes un des seuls services qui travaille selon des horaires «normaux». Nous recevons la maquette et les plans du décor une année avant le montage sur le plateau. Nous devons alors les réaliser de manière qu'ils entrent non seulement sur scène, mais aussi dans les camions de transport.

»Mis à part les quelques retouches à faire lors des répétitions, notre rôle se termine une fois les décors montés. Les rapports avec l'équipe artistique sont minimes. Je travaille surtout avec le directeur technique.» Quand les répétitions de Norma auront commencé, la tâche de Michel Chapatte sur ce spectacle sera terminée. Il planchera alors sur les productions suivantes.

6 août 1999

Premier jour de répétition scénique, dans le studio de la rue Sainte-Clotilde. Le chœur a déjà travaillé la partition avec son chef. Les solistes arrivent tous en l'espace de quelques jours. Jusqu'à la première du 7 septembre, il ne reste qu'un mois. Pour répéter sur le plateau, on attendra le 18 août, après le montage du décor.

19 août 1999

En pleine répétition, dans le secret des coulisses du Grand Théâtre, une main s'étend dans l'ombre céruléenne, jusqu'à effleurer un écran aux reflets jaunes et noirs. Au même instant, un frisson silencieux traverse la scène et le rideau se lève dans un souffle. Christian Besson vient d'appuyer sur une des multiples commandes programmées dans l'ordinateur de la machinerie. Une des plus modernes au monde. «Je suis arrivé dans la maison comme machiniste, il y a cinq ans. Depuis que le nouveau gril est informatisé, je suis cintrier. J'avais un ordinateur à la maison, cela a facilité l'apprentissage!»

Le travail de Christian Besson sur Norma a commencé dès le montage des décors, un mois avant la première. Il se terminera à leur démontage, le lendemain de la dernière. Durant les répétitions, il programme les mouvements demandés par le metteur en scène. «L'inconvénient de l'informatisation, c'est qu'il faut programmer l'effet avant de pouvoir l'essayer. L'avantage, c'est qu'une fois entré dans l'ordinateur, il reste identique au millimètre et à la seconde près autant de fois qu'on le désire.»

Chaque soir de représentation, le rôle du cintrier consiste à actionner les commandes et suivre leur succession. Alors qu'avant les transformations, il fallait cinq personnes pour actionner cinq éléments du décor, il suffit aujourd'hui d'une simple pression du doigt sur un écran tactile pour accomplir le même travail.

Une voix annonce la fin de la pause: «Mesdames Anderson et Pondjiclis, en scène dans cinq minutes.» L'accent sent le pistou, le timbre est jeune et directif. Claude Cortese est régisseur de production et vient de Marseille. Il est le gardien du bon fonctionnement du spectacle et de sa préparation. «Mon rôle se décline en trois temps. Premièrement je dois préparer, plusieurs mois à l'avance, les plannings de répétitions selon les directives de la direction et de l'équipe artistique.

»Deuxièmement, il s'agit de suivre les répétitions afin d'assurer le lien entre l'équipe invitée – le metteur en scène, le décorateur et les chanteurs – et le théâtre. Ainsi, tous les souhaits du metteur en scène passent par la régie, et c'est à moi de distribuer les tâches au sein des différents services. La troisième phase consiste à assumer la responsabilité technique du spectacle les soirs de représentation. Du «noir salle» pour l'entrée du chef au dernier rideau pour les saluts, en passant par les entrées du chœur, des solistes et les changements de décor.» Corniste de formation, Claude Cortese lit la musique. «C'est un plus, mais ce n'est pas indispensable pour ce job.»

Lundi 30 août 1999

C'est la «générale piano». On file la mise en scène, en costumes. Le lendemain, l'orchestre sera dans la fosse pour la dernière semaine de répétition. Rares instants durant lesquels la réunion des parties du tout permet d'éprouver la cohérence de la production.