L’arrière petit-cousin de Ferdinand Thormeyer, ancien précepteur à la Cour impériale de Russie, se demandait si les photographies trouvées dans son grenier valaient quelque chose. Il les porta à l’Hôtel des Ventes de Genève dans quelques sacs de la Migros. Pêle-mêle, des portraits du tsar Alexandre III, de son épouse et de leurs enfants, des clichés de vacances, des poses improvisées. Lundi soir, la réponse fut sans appel: les 28 lots expertisés à 30 000 francs ont été adjugés pour 1,6 million. 26 ont multiplié leur estimation par plus de 100. Réaction de Bernard Piguet, directeur des lieux.

– Que vous inspire ce résultat?

– Je suis plus qu’étonné. Nos estimations étaient sans doute basses – nous aimons partir sur un prix attractif pour donner de l’élan à l’acheteur – mais aucunement farfelues. Nous nous sommes basés sur les ventes comparables à Paris, Londres ou New York. Lors de chaque vente russe quasiment, il y a des photographies. La plupart il est vrai sont officielles, ce qui n’est pas le cas ici. Les images de la collection Thormeyer montrent la vie quotidienne de cette famille impériale au destin hors du commun, famille qui apparaît d’ailleurs très soudée sur les clichés les plus intimes. Dans notre estimation, nous n’avons pas tenu compte de la provenance des objets – nous ne le faisons jamais, c’est en quelque sorte un plus au moment de la vente. Or, ces photographies ont soit été réalisées directement par le précepteur suisse soit elles lui ont été données par les enfants du tsar Alexandre III. Dès lors, il y a un aspect émotif pour l’acheteur qui se dit qu’il a là une sorte d’exclusivité exceptionnelle, parce qu’il n’y a eu qu’un ou deux propriétaires avant lui.

– Qui est-il justement, cet acheteur?

– Un collectionneur romand a acheté 90% des lots et tous les lots importants. Il a notamment acquis les boutons de manchettes ornés de portraits du Grand Duc Michel de Russie pour quelque 60 000 francs. Nous avions divisé les images, les albums, les cartes postales et les dessins en 28 lots pour des raisons commerciales mais je suis très content que cette matière reste finalement réunie.

– Avez-vous une idée des projets de ce collectionneur?

– Ces images ne resteront pas dans un tiroir, il nous a assuré qu’il en ferait quelque chose. Nous n’en savons pas plus pour l’instant mais il souhaite préserver l’unité de la collection.