LE HÉROS. Voici donc Henri VIII et sa cour, à l'honneur de la série TV Les Tudors. Un curieux feuilleton, coproduction canado-irlandaise pour la chaîne américaine Showtime. Déjà riche de deux saisons, la série, en DVD, sera bientôt montrée par Arte. Elle suit le règne d'Henri VIII (1491-1547), qui accède au trône à l'âge de 18 ans. Incarné par l'Irlandais Jonathan Rhys-Meyers, l'Henri VIII de la série se montre fougueux à tous points de vue, brûlant d'attaquer la France, condamnant avec violence les idées de Luther, et, s'il garde une attention à la première de ses six femmes, Catherine d'Aragon, il n'en multiplie pas moins les aventures. Les auteurs atténuent ce portrait d'un roi en ébullition par l'écoute qu'il porte à ses conseillers, surtout le cardinal Wolsey (Sam Neill, vu dans les Jurassic Park) et Thomas More.

LE MODÈLE. Le règne d'Henri VIII fut long pour son temps, de 1509 à 1547. Certains retiennent qu'il marqua l'avènement de l'anglicanisme. Longtemps fidèle à la papauté, le roi prit ses distances lorsque Rome chicana ses projets de remariage. De surcroît, son régime étant dispendieux, Henri avait des vues sur les biens de l'église, un tiers des richesses du royaume selon l'Universalis. L'ère d'Henri est ainsi jalonnée par la rupture avec Rome, et évolue vers un autoritarisme croissant. Qui se traduit notamment par l'exécution de Thomas More, supplanté, comme conseiller, par Thomas Cromwell. Le roi condamne aussi sa deuxième épouse, Anne Boylen, dont le mariage le poussa pourtant au schisme, et avec qui il eut la future Elisabeth Ire. Dès 1536, affaibli, impuissant selon d'aucuns, Henri multiplie les exécutions d'opposants supposés tout en faisant décapiter une autre de ses épouses.

LEURS DIFFÉRENCES.Bien sûr, le contraste entre le fringant Jonathan Rhys-Meyers et l'image donnée par Holbein le Jeune frappe l'œil. A noter qu'Holbein peint le roi en 1537 ou 1538, au début de sa dégénérescence - il finit obèse. Les experts accordent des bons points à la série, mais, de manière systématique, l'Henri VIII de The Tudors est bien trop jeune par rapport aux événements décrits, et à son entourage: en réalité, il épouse Anne Boylen à 42 ans, et non 25 comme dans la fiction. Celle-ci insiste sur ses chaudes nuits, tandis que l'arrière-fond religieux, et les problèmes économiques de la cour, sont mis en retrait. Mais nous n'en sommes qu'au début: une troisième saison est déjà commandée.