Oublier, c’est commode. Mais pas donné à tout le monde. Alors que la Chine réalise son nouveau «grand bond en avant», certains préfèrent regarder en arrière, se demander si le supposé gain vaut tout ce qui sera perdu. Ainsi de Shanghai, Shimen Road, première fiction du documentariste Shu Haolun.

Après Nostalgia (2006), consacré au vieux quartier dans lequel il a grandi, l’auteur passe ici à l’évocation de ses années de jeunesse. Nous voici à Shanghai, en 1989. Collégien dont la mère a filé aux Etats-Unis, Xiaoli vit chez son grand-père, se passionne pour la photo et en pince pour sa jolie voisine Lanmi, qu’il voit céder aux sirènes de la culture occidentale. Insensiblement, il se rapproche de sa camarade de classe Lili, venue de Pékin…

Rare film à évoquer la destruction accélérée de la Chine d’autrefois, sa corruption et même les révoltes de la place Tiananmen, Shanghai, Shimen Road vaut plus pour ces audaces que pour son récit d’apprentissage convenu et sa mise en scène. A l’évidence, Shu Haolun n’est pas Wang Xiaoshuai (Beijing Bicycle) ni Jia Zhangke (Platform). Mais son témoignage sincère sur une jeunesse déboussolée par l’accélération de l’Histoire vaut tout de même le coup d’œil.

Shanghai, Shimen Road (No. 89 Shimen Road), de Shu Haolun (Chine 2010), avec Ewen Cheng, Xufei Zhai, Lili Wang. 1h25.