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Une femme sous la neige dans un parc de Varsovie, 2013.
© PETER ANDREWS

Caractère

Nostalgie de la neige

CHRONIQUE. Rien de tel pour se rafraîchir en été que de plonger dans quelques poèmes bien glacés…

«O lis mystérieux qui t’effeuilles sans bruit!», «le cuisinier plume les oies», et voilà et voici que, chez Jean Richepin comme chez Guillaume Apollinaire, la neige se met à tomber. Par la grâce des mots, par le pouvoir des vers nous voici, sous le soleil, dans la chaleur brûlante de cette fin juillet, soudain revenus au cœur de l’hiver. «La neige est belle. O pâle, ô froide, ô calme vierge/Salut! Ton char de glace est traîné par des ours», entonne Richepin, tandis que Prévert chante: «Dans la nuit de l’hiver, galope un grand homme blanc».

Une Fantaisie d’hiver de Théophile Gautier prend des airs de mirages délicieux dans l’après-midi torride: «La neige, fourrure blanche/Ourle le rebord des toits/Elle poudre chaque branche/De la perruque des bois.» Plus loin: «Les vases ont des fleurs de givre/Sous la charmille aux blancs réseaux/Et sur la neige on voit se suivre/Les pas étoilés des oiseaux.»

Reste qu’en poésie, la neige est ambiguë, rappelle Verlaine: «Dans l’interminable/Ennui de la plaine/La neige incertaine/Luit comme du sable.» Et nous voilà partis pour un tour dans le désert, même si on l’espère de glace… «On soupçonne déjà l’existence d’une Egypte polaire avec ses pharaons portant au cimier de leur casque non pas le scarabée des sables, mais l’esturgeon. Du fond de la nuit de six mois, une Isis blonde surgit, érigée en ours blanc. Les baleines luisantes détruiront d’un coup de queue le berceau flottant des Moïse esquimaux», se moque, mélancolique, Robert Desnos dans La liberté ou l'amour!

L’amour, à l’instar d’un bon ventilateur, peut-il rafraîchir le lecteur de poèmes? Tentons Francis James: «Près de ce puits glacé que ronge l’herbe fraîche/Viens, pleurons et mourons, fillette aux yeux sereins». Ou cette Supplication de Charles Cros: «Tes yeux impassibles sondeurs/D’une mer polaire idéale/s’éclairent parfois des splendeurs/Du rire, aurore boréale»…

Par la force du verbe, nous voilà presque au pôle – «Ses yeux ont la couleur des belles nuits du Pôle», chuchote Leconte de Lisle. La température n’a pas baissé, mais les mots, comme des glaçons, font passer des frissons délicieux dans l’après-midi torride. Et avec le Rimbaud des Illuminations, il n’est pas interdit de saluer le «génie» du poète qui nous aime et nous sauve: «Ils nous a connus tous et nous a tous aimés. Sachons, cette nuit d’hiver, de cap en cap, du pôle tumultueux au château, de la foule à la plage, de regards en regards, forces et sentiments las, le héler et le voir, et le renvoyer, et sous les marées et au haut des déserts de neige, suivre ses vues, ses souffles, son corps, son jour.»

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