le temps des séries TV

Nourrissons et gros bras

Grosse artillerie. Les fictions lancées cette semaine par les deux premières chaînes privées de France ne s’embarrassent pas de nuances. Pour capter et garder les cerveaux, TF1 et M6 font lourd: touchantes et récurrentes images de bébés d’un côté, action serrée de l’autre.

Sur TF1, c’est une production propre avec Gaumont, signée par le scénariste Jean-Yves Pitoun. Interventions se situe dans la maternité d’un hôpital. Elle suit surtout le brillant chirurgien Romain Lucas, campé par un Anthony Delon ronchon, personnage haut en couleur mais sombre tout à la fois, avec son terrible passé pesant sur ses épaules, etc. Pour le réalisme, on s’en remettra à Michel Cymes, du Magazine de la santé de France 5, qui a tweeté son «effarement médical».

Nul besoin d’entrer dans les détails de ces drames ponctués de quelques accouchements destinés à émouvoir la ménagère et à tétaniser son époux assoupi. En restant dans l’approche sensorielle – dans ce cas, il vaut mieux –, on peut se laisser fasciner par les décors et les costumes d’Interventions. Un festival pastel. Les concepteurs façonnent leur hôpital Duplo, une clinique façon Candy Crush Saga – la variante soda, pour le violet. Manière, peut-être, de faire passer les pilules.

Chez M6, on a du muscle. Du gros, puisque The Last Ship est produite par Michael Bay. Cela laisse augurer quelques vibrants échos de la vie en uniforme: c’est exactement le cas. Cocréée par Hank Steinberg, qui fit FBI: portés disparus, la série a vite créé un émoi d’actualité puisqu’elle évoque un virus ravageant la planète depuis l’Afrique (là, l’Egypte). Le virus sert pourtant davantage de cadre général, isolant, pour l’unité de lieu, un navire de la US Navy qui accompagnait des chercheurs lancés à la recherche de la souche du mal. Pour l’essentiel, The Last Ship opère dans les eaux connues des batailles pétaradantes. A commencer par un choc des soldats américains avec, tour à tour, des terroristes d’Al-Qaida puis des méchants Russes, sur la base de Guantánamo. A bord, il y a la scientifique sexy et le commandant bourru. A terre, une humanité proche de la disparition. Rien que du classique.

Au demeurant, si dissemblables soient-elles, les deux séries ont un même air de fictions à l’ancienne. Pour The Last Ship, un long film d’action en forme de feuilleton – et il y aura une deuxième saison –, trépidant autant que linéaire. Chez TF1, un drame médical à personnage central, comme jadis. Des nourrissons aux gros bras, les extrêmes se rejoignent.