Une super-femme au corps parfait et à la tête bien pleine, qui a perdu sa mère (c'est triste) et qui déteste son père (c'est normal, le père est un candidat sans scrupule à la présidence des Etats-Unis, méchant, vaniteux et stupide). Une espèce de Commandant Cousteau façon XXIe siècle, très intelligent, courageux et séduisant. Une bande de savants sortis d'un recueil de caricatures (la plupart se font assassiner). Des commandos équipés d'armes miniaturisées futuristes et létales. Des vipères du système techno-administrativo-scientifico-politique de Washington qui se détestent cordialement. On calcule, on complote, mais dans Deception Point, le roman de Dan Brown écrit avant Da Vinci Code, le complot n'est pas métaphysique et ne concerne pas une religion universelle. A moins que celle du pouvoir et de l'argent soit la vraie religion universelle.

Deception Point est sorti hier en librairie. Son éditeur, Jean-Claude Lattès, en a acheté les droits après ceux de Da Vinci Code pour la modique somme de 30000 euros. Campagne de lancement menée tambour battant, publication exclusive des bonnes feuilles dans des magazines choisis. Rétention sur le contenu du livre jusqu'au dernier moment. Mise en place spectaculaire avec 1900 colonnes de 50 exemplaires dans les librairies. Et une première impression de 350000 exemplaires au prix (fixe sur le territoire français) de 22 euros. C'est peu pour 577 pages de suspens taillé à la hache. Objectif avoué: 600000 exemplaires. Moins que Da Vinci Code et ses quelque 2 millions en français depuis sa parution en 2004.

Mais l'année pourrait réserver de bonnes surprises à l'éditeur avec la projection du thriller ésotérique en ouverture du festival de Cannes au mois de mai et la sortie mondiale du film dans la foulée. En attendant la suite, attendue en 2007. «Dan Brown prend son temps, explique son éditrice. Il ne veut pas décevoir.»

Avec Deception Point, point de déception (pourquoi se priver, puisque le titre est un slogan publicitaire). Ni de polémiques en vue. Ni d'autres mystères que ceux d'un scénario ultrarapide soutenu par un enjeu politique simplet: faut-il privatiser la recherche spatiale ou en laisser le monopole à une agence publique, la NASA. Le président des Etats-Unis, qui compte briguer un deuxième mandat, est pour la NASA. Son concurrent est pour la privatisation et bénéficie du soutien de plusieurs entreprises qui espèrent enlever le morceau.

Sur ces entrefaites, la NASA découvre, pas loin du pôle Nord, une météorite engloutie dans la banquise et des traces de vie à l'intérieur. Formidable pour la NASA et le président. Fâcheux pour son concurrent. Or la météorite est fausse. Pendant ce temps, les dirigeants des différents services de sécurité se tirent au propre et au figuré dans les jambes. La fille du candidat sans scrupule s'enfuit avec l'océanographe et un morceau du caillou céleste, poursuivie par des agents à la solde d'on ne dira pas qui.

Le roman est construit comme les séries télévisées dernier cri auxquelles il emprunte le mélange des genres (policier, fiction scientifique, espionnage, documentaire, thriller politico-financier). Le rythme est celui de 24 heures chrono, avec 133 chapitres d'à peine plus de quatre pages qui commencent par un paragraphe descriptif et s'achèvent dans l'expectative menaçante. Du travail de pro. Qui s'avale goulûment, et ne laisse aucun souvenir.

Deception Point, de Dan Brown, trad. de Daniel Roche, 577pages, Jean-Claude Lattès.