Après dix-huit numéros, le mensuel Films disparaît. La mauvaise conjoncture et la baisse des recettes publicitaires ont eu raison de ce rêve cinéphile un peu fou: un journal exclusivement consacré au 7e art, critique avec ça, dans le bassin ténu de la Suisse romande. Le numéro actuellement en kiosque, avec Nicole Kidman en couverture, sera le dernier.

Porté à bout de bras par sa rédactrice en chef, Françoise Deriaz, Films employait trois autres personnes et comptait sur les plumes d'une vingtaine de pigistes. Formateur pour certains d'entre eux, toujours ouverts à une approche critique et historique du cinéma, le magazine était distribué à 20 000 exemplaires, dont 2500 par abonnement. Françoise Deriaz dédramatise en soulignant un exploit: «Finalement, nous avons quand même vécu quatre ans. Mais je présume que les annonceurs publicitaires n'étaient pas prêts à soutenir un journal luxueux qui visait un lectorat critique.»

Lancé en 1999, Films s'est d'abord appelé Film: il était publié en français, à Lausanne, et en allemand, à Zurich, par deux rédactions distinctes. Mais les problèmes financiers rencontrés par la rédaction alémanique en automne 2001 avaient interrompu toute publication, des deux côtés de la Sarine. Film allemand disparu, Françoise Deriaz avait alors rappelé ses troupes et relancé les financiers – l'Office fédéral de la culture, la Loterie romande et des fondations – pour faire renaître la version francophone sous le nom de Films. «De décembre 2001 à août 2002, nous avions des rentrées publicitaires idéales. Puis la situation s'est dégradée.»