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John Krasinski incarne Jack Ryan, «analyste, pas homme de terrain».
© Amazon

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Le nouveau Jack Ryan affronte les djihadistes

Amazon dévoile sa série la plus attendue de l’année, qui reprend le personnage d’espion de Tom Clancy. Axé sur l’action, le feuilleton n’a pas la solidité de «Homeland». Il se déroule en partie en France, avec un propos qui surprendra certains

Le monde a découvert Jack Ryan à la page 31 d’Octobre rouge (Ed. Livre de poche), en 1984, alors qu’il peine sur son clavier en écrivant une biographie de l’amiral américain William Halsey. Il est précisé que «la quasi-totalité du livre était enregistrée sur une demi-douzaine de disquettes étalées autour de son ordinateur Apple».

Ainsi apparaît le personnage central des romans de Tom Clancy (1947-2013), un archiviste et analyste basé en Angleterre, consultant pour la CIA, qui va devoir quitter son bureau pour affronter la totalité de la marine russe parce que le capitaine d’un sous-marin nucléaire russe fait œuvre de désertion. Maître des intrigues d’espionnage à grande échelle, Tom Clancy a livré une lignée de romans copieux, parfois écrits à quatre mains, lesquels ont généré des jeux vidéo à succès. L’écrivain, qui aurait voulu être militaire, a condensé dans ses intrigues la phase finale de la guerre froide, avant de s’intéresser aux cybermenaces.

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La série de l’année pour Amazon

Vendredi, Amazon a mis en ligne sa série majeure de l’année, la plus attendue, et qui, même si elle capitalise sur la popularité du label Clancy, ne manque pas de risques. L’intitulé reprend les marques, Tom Clancy’s Jack Ryan, sans chichi. Durant huit épisodes, le héros incarné par John Krasinski (The Office U.S., le film A Quiet Place) va devoir traquer une nouvelle menace djihadiste.

Non dénuée de ramifications, y compris concernant le personnage principal, l’histoire se déroule de nos jours. Elle est imaginée par Graham Roland et Carlton Cuse – en verve, ce dernier, après l’aventure Lost, a conçu plusieurs séries dont Bates Motel, The Strain et Colony.

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Tom Clancy s’était amusé à bien souligner le côté intello de salon de son protagoniste. «Physiquement, il passait inaperçu; à peine plus d’un mètre quatre-vingts, et sa silhouette, au niveau de la ceinture, souffrait quelque peu du manque d’exercice que lui imposait l’affreux climat de l’Angleterre.» Il est marié et père de deux enfants dont il est «gâteux». Il va arpenter la planète mais il déteste prendre l’avion. Dans sa première expérience d’espion, il doit passer d’un navire à l’autre alors que son corps est pétri par le mal de mer. Comme type de James Bond, on a fait plus sautillant.

Un Jack Ryan plus geek que papy

Les deux maîtres d’œuvre de la série ont opté pour un Jack Ryan plus jeune, un brin geek. Travaillant déjà pour la CIA à Washington, il fait ses brassées d’aviron dans le Potomac, attire les filles mais ne sait pas quoi faire, passe ses soirées à répondre avant tout le monde aux questions du jeu TV. Le lien avec le vénérable Jack Ryan est la posture initiale: «Je suis un analyste, pas un homme de terrain», répète-t-il à l’envi.

Dans son scannage permanent des flux financiers du terrorisme, Jack Ryan repère un nouveau venu, récipiendaire de sommes importantes. Ce Suleiman pourrait préparer quelque chose. L’analyste demande à son nouveau chef d’intervenir, ce qui lui est refusé, refus qu’il outrepasse. L’histoire commence.

Première surprise: l’attachant Wendell Pierce est là

Là, première surprise: c’est l’acteur Wendell Pierce, de la troupe de David Simon (The Wire, Treme), qui incarne le responsable fraîchement arrivé, relégué au central de la CIA après une sombre histoire à Karachi. C’était le vieux vice-amiral James Greer dans l’univers de Tom Clancy.

Très vite, la dynamique de la saison se bâtit sur le lien entre Ryan et Greer, évidemment opposés sur à peu près tout. C’est leur convergence, peu à peu, qui va permettre d’avancer dans la poursuite des islamistes extrémistes. L’attachant Wendell Pierce se fait un peu plus bougon qu’il ne l’était à l’époque de la guerre contre la drogue à Baltimore, et dès lors, il excelle dans la peau du supérieur qui rêve d’agir bien loin de son bureau.

Deuxième surprise: on y parle français

L’autre surprise vient de la géopolitique choisie. On parle beaucoup arabe et français, dans Jack Ryan. Le terrible Suleiman, dont on apprend en cours de saison qu’il a fait un stage chez Credit Suisse, a grandi en Seine-Saint-Denis. Il s’est radicalisé en prison à Fleury-Mérogis. Durant le séjour que Ryan et Greer passent en France, les auteurs prennent le temps de souligner quelques spécialités nationales. En particulier, la discrimination des Arabes au faciès, dans la rue par les policiers comme dans le monde du travail, ce qui pousse certains vers les extrêmes. «Chez vous, on peut être Asiatique et Américain: ici, ils ne peuvent que rester que ce qu’ils sont», résume la policière qui accueille le tandem, au reste interprétée par la Québécoise Marie-Josée Croze.

Pour un sujet aussi sensible dans l’Hexagone comme ailleurs, Jack Ryan provoquera quelques gémissements au pays d’accueil de ses héros. Au demeurant, cette saison ne suffit pas à déterminer si la série va s’imposer sur le marché, à nouveau florissant, des fictions d’espionnage. Elle s’installe sans hésiter sur la gondole des séries d’action, ce qui la prive de la précieuse épaisseur de ses aînées, Homeland puis Le Bureau des légendes.


Retrouvez notre périple dans sept décennies d’histoire des séries TV.

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