Inauguration

Le nouveau Musée d’ethnographie de Genève fête son inauguration trois jours durant

Fruit de multiples conciliations, le projet a été voté en 2010. Quatre ans plus tard, il offre enfin aux collections un outil à leur hauteur. Il ne s’agit pas seulement d’exposer mais aussi de partager connaissances et plaisir. Avec vidéo

Un musée pour le XXIe siècle

Ethnographie Fruit de longues conciliations, le nouveau bâtiment genevois ouvre ses portes ce vendredi

Né de collections rassemblées depuis le XVIIIe siècle, le MEG dispose enfin d’un outil digne de son époque

Des combles au deuxième sous-sol, visite guidée des lieux

Le 26 septembre 2010, 67% des Genevois votaient pour un nouveau musée d’ethnographie. C’était la fin d’une quinzaine d’années de lutte, avec notamment le non, à 62%, au projet de la place Sturm, en 2001. Ce même dimanche de votations, il y a quatre ans, l’ancien musée fermait pour permettre de lancer le projet architectural. La réouverture était promise pour septembre 2014. A un mois près, les délais sont respectés. Ce vendredi est jour d’inauguration. La fête continue tout le week-end.

Ils ont parlé de saga, d’épopée, rendu hommage aux magistrats qui les ont précédés. Sami Kanaan et Rémy Pagani, respectivement chargés de la Culture et des Constructions, ont rappelé ce jeudi en conférence de presse le parcours du combattant qu’a été ce projet. «Il a fallu le compromis social qui a consisté à construire en sous-sol, a rappelé Rémy Pagani. Mais le challenge est réussi.»

Et c’est en effet un étrange paradoxe: les salles d’exposition ont été totalement enterrées pour ne rien avoir à détruire du quartier, ce qui aurait signifié se heurter aux défenseurs du patrimoine, et on se retrouve malgré cela avec un bâtiment très peu discret. Cette structure en béton recouverte de losanges d’un aluminium plus ou moins mat, mi-toit, mi-façade, passe en effet difficilement inaperçue même si elle s’inscrit parfaitement dans le quadrillage des rues. Le bâtiment du bureau alémanique Graber Pulver Architekten AG intrigue, même s’il n’est pas assez extravagant pour fâcher, ni pour séduire vraiment. De même que le gentil aménagement paysager posé devant, fait lui aussi pour rassurer tout le monde.

Il en a fallu en effet des conciliations, mais voilà, le nouveau Musée d’ethnographie de Genève (MEG) est bien là, avec ses nouveaux volumes, qui n’ont rien à voir avec ceux de l’ancienne école qu’il avait investie pendant sept décennies, et qui est désormais dévolue à l’administration. Le rez-de-chaussée largement vitré permet de distinguer de l’extérieur café, boutique et guichet d’accueil. On pénètre dans le bâtiment par un sas miroitant, façon fête foraine.

Le bâtiment s’étage sur cinq niveaux. Commençons dans les combles, grandioses. Ils abritent la Bibliothèque, baptisée Marie-Madeleine Lancoux, une Genevoise dont le legs de plus de 8 millions de francs a bien aidé à la construction du musée (68 millions en tout, le reste est partagé entre Ville de Genève, canton et communes). Cet espace aux allures de chapelle est éclairé par les fenêtres en losange de la toiture. On y trouve 4700 ouvrages en libre accès (plus de 50 000 sur commande), et à terme 1500 périodiques. Un «Bocal» est réservé aux chercheurs, un «Ciné de poche» permet de consulter des films et le «Salon de musique» donne accès aux Archives internationales de musique populaire, un fonds de 16 000 heures d’enregistrements. Des listes d’écoute sont suggérées pour entrer dans ces univers sonores.

Le premier étage est dédié aux ateliers de restauration et à des espaces de médiation. Passons le rez, déjà détaillé plus haut. On retrouve les mêmes ouvertures en losange pour éclairer la cage d’escalier qui descend vers le foyer du premier sous-sol. Celui-ci donne sur un auditorium de 250 places, deux salles de séminaires et quelques locaux techniques et dépôts. Pour rappel, l’essentiel des dépôts du MEG, comme ceux d’autres musées genevois, est en construction sous l’ancien site Artamis, non loin de là.

Mais c’est au deuxième sous-sol qu’on trouve l’essentiel: les expositions. On peut déplorer cet enterrement au fond d’une boîte noire géante, mais le projet a essayé d’en tirer le meilleur, pour donner le plus de souplesse possible aux projets d’exposition du MEG. Cet espace de 2020 m2 (sur les 7000 m2 du bâtiment) est d’un seul tenant, le plafond étant suspendu au niveau du dessus. Ce qui permet de multiples divisions, même s’il faut rester attentif aux normes d’évacuation, drastiques dans ces profondeurs.

Pour l’instant, la première partie est consacrée à l’exposition semi-permanente, c’est-à-dire envisagée pour quelques années, alors que celle du fond, qui se trouve sous l’école primaire voisine, accueille la première exposition temporaire, dédiée aux Mochicas. La hauteur de plafond atteint ici 10 mètres! De quoi imaginer les scénographies les plus grandioses. Mais on peut aussi craindre que des expositions qui demanderaient plus d’intimité ne se perdent dans ces dimensions. Gageons que les éclairagistes seront souvent rois pour trouver les meilleures solutions avec les commissaires d’exposition.

Le programme, qui permettra de voyager à travers la planète, est prêt jusqu’en 2019. C’est que l’équipe, qui est passée de 38 à 49 personnes, n’a pas chômé pendant les quatre années de fermeture.

La hauteur de plafond atteint ici 10 mètres! De quoi imaginer les scénographies les plus grandioses

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