cinéma

Le nouveau roi de l’évasion

Avec «Adieu Berthe», les frères Podalydès signent un drôle d’apologue de l’indécision, pour conjurer la mort

On se demandait comment Bruno Podalydès allait rebondir après l’échec de ses Bancs publics surpeuplés, qui faisaient défiler le gratin des comédiens français. Par un «retour aux fondamentaux», bien sûr! Le temps de mettre le grappin sur son frérot Denis, de concocter ensemble une comédie doucement dépressive, de se déplacer de Versailles à Chatou (dix kilomètres), et le tour est joué! Mais l’art de la comédie, comme celui de la magie, n’a rien de simple. Et celle-ci s’avère heureusement bien plus fine et riche qu’il n’y paraît.

Armand (Denis Podalydès), la quarantaine, est pharmacien. Il travaille avec sa femme (Isabelle Candelier) qu’il aime toujours, mais sa maîtresse (Valérie Lemercier) commence à s’impatienter. Lorsque survient l’annonce du décès de grand-mère Berthe, oubliée depuis belle lurette dans sa maison de retraite, les arrangements funéraires qui lui incombent ne vont pas arranger son irrésolution…

Comme souvent chez les Podalydès, on sourit plus qu’on n’éclate de rire. L’originalité et le grain de folie se cachent sous une apparence de normalité tranquille. Entre tromperies amoureuses et belle-mère envahissante, téléphones portables et clients insupportables, on se croit d’abord en terrain (trop) balisé. Puis tout se dérègle. Au lieu des portes qui claquent, ce sont des tiroirs de compactus qui coulissent. Les SMS s’affichent plein écran avec un code couleur. L’épouse veut bien d’une rupture «lente et douce» tandis que l’amante est aussi la dentiste du héros. Bientôt, ce sont deux entreprises de pompes funèbres à la philosophie opposée (Bruno Podalydès contre Michel Vuillermoz!) qui se disputent la dépouille.

Une histoire de boîtes

Et, dès le premier plan, que faisait donc Armand la tête prise dans une boîte aux sabres? C’est qu’à côté de son travvail, il cultive une passion pour la magie. Occasion rêvée pour les Podalydès de s’échapper d’un cadre trop strict, d’une ligne trop claire. Aux abois, victime de son incapacité à choisir (jolie vision érotique), Armand finit par trouver sa propre «chambre jaune» en rejoignant Berthe dans une malle des Indes. Une Berthe jeune et passionnée, telle que plus personne ne s’en souvenait. Jolie manière de s’évader de ce monde trop triste où tout finit par mourir, où il faut choisir et oublier pour survivre, alors qu’on ne demanderait finalement qu’à jouer et accumuler.

VV Adieu Berthe – L’enterrement de mémé, de Bruno Podalydès (France 2012), avec Denis Podalydès, Valérie Lemercier, Isabelle Candelier, Bruno Podalydès, Samir Guesmi, Michel Vuillermoz, Pierre Arditi, Vimala Pons. 1h40

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